Le jeune Montalbanais qui avait conçu et monté une croix au sommet de l’Aneto a découvert que sa réalisation avait été jetée… et finalement remontée par deux pyrénéistes espagnols. Il raconte son ascenseur émotionnel.
Un projet symbolique
Maël Le Lagadec a passé quelques jours de vacances en Dordogne mais son esprit était tout entier tourné vers les Pyrénées. Plus particulièrement au sommet de l’Aneto, où ce jeune Montalbanais de 18 ans avait réinstallé une croix en bois pour combler la disparition de la croix historique sciée au début du mois de mai.
La déception puis la remobilisation
Le montagnard a d’abord découvert que sa réalisation de 35 kilos avait été jetée dans la neige en contrebas. « J’étais très, très, déçu de voir ça. Je n’ai pas très bien dormi, j’avais du mal à comprendre, surtout après les efforts fournis. C’était une belle aventure, remplie de sens, d’espoir », confie-t-il.
Le lendemain matin, il s’est remotivé avec un groupe d’une dizaine d’amis pour retrouver la croix et la réarrimer au sommet des Pyrénées, plus solidement que le simple planté initial. « Je n’avais pas pu faire mieux à cause des conditions mais l’idée, cette fois, est vraiment de la fixer très solidement avec un haubanage de câbles en acier et une barre métallique qui passerait sous la croix pour être plantée dans la roche. »
Un geste de solidarité espagnol
La sortie est prévue dans les tout prochains jours même si deux pyrénéistes espagnols ont déjà remonté la croix au sommet. « J’ai reçu leur message sur Instagram et leur photo à côté de la croix replacée au sommet. J’avais un sourire béat, j’étais super ému, confie encore le jeune homme. Je me suis dit qu’il y avait encore de l’humanité, que les gens étaient capables de se mobiliser et s’entraider pour des causes communes. »
Symbole pyrénéen ou catholique ?
Maël Le Lagadec répète qu’il n’est pas croyant même s’il n’ignore pas la portée de ces objets. « Je ne suis pas religieux, je ne vais pas mettre des croix là où il n’y en a pas. Mais cette croix de l’Aneto, comme d’autres, existait du temps où les cartes étaient moins élaborées qu’aujourd’hui. C’est un repère pyrénéen, comme le sont les cairns qui sont aussi très régulièrement détruits. En temps de brouillard, cela m’a déjà servi pour trouver mon chemin. »
Une vision œcuménique mais loin d’être universelle. Les deux alpinistes ibères ont comparé ce symbole à celui d’une vierge voisine : « Notre liberté s’arrête là où commence celle des autres, et franchir cette limite porte atteinte aux droits de chacun. La croix d’Aneto se dresse sur ce sommet depuis 1950 et la Vierge du Pilar depuis 1956 – bien avant la naissance de la plupart d’entre nous qui avons atteint le sommet hier. Respect et liberté. » Tandis que leurs compatriotes du « Mouvement pour un État laïque » ont plaidé pour le retrait de la nouvelle croix car « La montagne n’appartient à aucune confession religieuse particulière. »
Détermination renforcée
Qu’importe l’interprétation, Maël Le Lagadec n’entend pas renoncer à son symbole : « Je ne compte pas m’arrêter là. Au contraire, ma motivation est même décuplée. Cette histoire, c’est un peu ce que nous apprend la montagne. L’ascension est parfois difficile, on peut être tenté d’abandonner, mais il ne faut pas lâcher. Je remonterai autant de fois qu’il le faut pour la réinstaller, je peux leur en faire baver ! »



