Congo : Sassou Nguesso réélu, promet un nouveau logiciel économique face aux défis
Congo : Sassou Nguesso réélu, promet un nouveau modèle économique

Congo : Sassou Nguesso triomphe et promet une transformation économique radicale

Après deux jours de suspens intense, Denis Sassou Nguesso a été acclamé ce mardi soir devant son QG de campagne à Brazzaville, déclaré vainqueur écrasant de l'élection présidentielle avec plus de 90% des suffrages exprimés. Les autorités annoncent un taux de participation impressionnant de 84,65%, tandis que les six autres candidats n'ont chacun recueilli que moins de 2% des voix. La Cour constitutionnelle doit désormais valider ces résultats définitifs entre le 23 mars et le 6 avril prochains.

Un programme ambitieux : sortir du « tout État »

Au pouvoir depuis 1979, le président réélu a immédiatement promis devant la presse « d'appliquer le programme » électoral qui porte une ambition clairement affichée : « changer le logiciel économique de notre pays », comme l'a affirmé son chef de campagne et Premier ministre, Anatole Collinet Makosso. Ce discours, récurrent depuis les années 1980, repose sur une transformation profonde du rôle de l'État dans l'économie congolaise.

« Il est important de sortir du tout État », déclarait Anatole Collinet Makosso en pleine campagne électorale. L'objectif officiel est de donner davantage de place au secteur privé et à l'initiative entrepreneuriale, marquant un tournant après quatre décennies de promesses similaires.

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La privatisation des fleurons nationaux en question

Cette nouvelle orientation passerait par une révision du portefeuille de l'État, incluant notamment la vente à 49% de sociétés stratégiques comme AirCongo, le chemin de fer Congo-Océan (CFCO), le Port autonome de Pointe-Noire (PAPN) et celui de Brazzaville. « Certaines affaires seront mieux gérées par le privé que par l'État », laissait entendre le Premier ministre, ajoutant : « Il est temps que le privé prenne un rôle dans le développement de notre pays. »

Pour l'opposition, cette ouverture au privé des fleurons nationaux s'apparente moins à une stratégie d'efficacité qu'à un « aveu d'échec de gestion ». Vivian Romain Manangou, candidat malheureux à la présidentielle, souligne : « Vendre les entreprises stratégiques, pourquoi pas. Mais ça fait des années qu'elles sont sur le marché, il n'y a pas d'investisseur. Qui veut racheter des sociétés qui ne sont pas rentables et vieillissantes ? Et surtout, qui les a mis dans cet état ? »

Un membre de la société civile dénonce sur la plateforme Publiez Ce Que Vous Payez : « Le 'tout État' n'a pas échoué par nature, il a été vidé de sa substance par la corruption. Vendre les joyaux de la nation à 49% est une fuite en avant pour éponger une dette abyssale dont le peuple ne voit pas la couleur. »

La diversification économique : un vœu pieux ?

Autre axe majeur du programme : la diversification d'une économie extrêmement dépendante du pétrole. Selon la Banque mondiale, l'or noir représente jusqu'à 70% des recettes de l'État et 80% des exportations, tout en n'employant que 20% de la main-d'œuvre congolaise. Les autorités cherchent à développer d'autres secteurs créateurs de richesse et d'emplois, notamment pour une jeunesse nombreuse.

« Il est établi que le Congo est une terre d'opportunités », vantait Anatole Collinet Makosso, citant le potentiel touristique et la présence d'investisseurs internationaux comme Hilton. « L'État a déjà fait une partie du travail en améliorant les infrastructures et la sécurité des investissements. Maintenant, c'est à eux de se développer », a lancé le Premier ministre.

Pourtant, malgré la récente réforme de l'énergie, le début des travaux de réhabilitation des transformateurs vieux de 43 ans entre Brazzaville et Pointe-Noire, et la rénovation du barrage hydroélectrique de Moukoukoulou, les habitants et les secteurs d'activité subissent toujours des délestages récurrents. L'état des routes constitue également un frein à l'amélioration du climat des affaires.

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Vivian Romain Manangou fustige : « Comment parler de 'nouveau logiciel' alors que la diversification est restée un 'vœu pieux' faute d'un climat des affaires réellement transparent ? » L'Observatoire Congolais des Droits de l'Homme (OCDH) dénonce dans son rapport de janvier 2026 une « instrumentalisation de la justice » et l'impunité bénéficiant à certains services de sécurité, décourageant les investisseurs soucieux de stabilité juridique.

Pauvreté persistante et questions sur le timing

Le discours de campagne soulève une interrogation majeure : pourquoi ce tournant maintenant, après plus de quarante ans de domination politique ? L'ancien ministre des Finances Mathias Dzon, passé à l'opposition, souligne l'hypocrisie : « Cela fait 40 ans qu'il est au pouvoir, pourquoi ne l'a-t-il pas fait avant ? C'est maintenant qu'il veut le faire, alors qu'il a vieilli et qu'il ne peut plus ? »

Du côté du pouvoir, on défend une évolution progressive. Selon Anatole Collinet Makosso, le président a d'abord hérité « d'un pays en ruine après la guerre » dans les années 1990, puis s'est concentré sur la stabilisation et la reconstruction avant d'engager une marche vers le développement à partir de 2009. Cette trajectoire aurait été perturbée par la chute des prix du pétrole (2014-2016) et la pandémie de Covid-19.

Aujourd'hui, le Premier ministre assure que les bases économiques sont plus solides, avec une croissance estimée autour de 3,6%. « Nous passons de la résilience à la relance », affirme-t-il. Néanmoins, cette croissance peine à réduire la pauvreté. Captée par le secteur extractif, elle ne ruisselle pas vers les 70% de la population active dépendant de l'agriculture informelle.

Fin 2023, la Banque mondiale estimait que près d'un Congolais sur deux vivait sous le seuil de pauvreté international avec moins de deux dollars par jour. Le rapport 2026 de l'OCDH souligne : « L'insécurité alimentaire demeure préoccupante, notamment dans les zones rurales, en raison de la hausse des prix, des perturbations des chaînes d'approvisionnement et de la faiblesse des infrastructures agricoles et de transport. »

Une opposition marginalisée et sceptique

Face à une opposition qui peine à se faire entendre, ces promesses de campagne n'avaient de toute manière pas pour objectif de convaincre les électeurs, ceux-ci étant, selon le pouvoir, déjà largement convaincus. « Les Congolais souhaitent tirer profit de son expérience, et lui laisser l'opportunité de poursuivre le travail commencé », affirment les soutiens de Denis Sassou Nguesso.

La société civile explique le manque d'opposition par le verrouillage de l'espace démocratique. « L'absence de contradiction est le résultat d'une répression systématique et de l'emprisonnement de figures politiques comme Jean-Marie Michel Mokoko ou André Okombi Salissa », dénonce-t-elle.

L'opposant historique Clément Mierassa estime même : « Le premier opposant de Monsieur Sassou, ce sont les Congolais eux-mêmes qui pensent qu'il ne peut plus rien apporter au pays. » Vivian Romain Manangou ajoute : « Sans leur proposer un centime, on sent une adhésion à nos discours. »

La question de la succession et de l'alternance

Interrogé sur la perspective d'un dernier mandat, Denis Sassou Nguesso se présente comme « un trait d'union entre le passé et l'avenir », avec l'objectif de préparer une économie plus stable pour les générations futures. « Le moment venu, le relais sera passé », assure son entourage.

Mais Clément Mierassa rétorque : « On ne peut pas parler de relais quand le système est verrouillé pour empêcher toute alternance réelle. » Vivian Romain Manangou propose un « quinquennat de transition pour revoir les bases de la République », ajoutant : « Tant que le système institutionnel marche de cette façon, peu importe qui sera mis à la tête de l'État, il fonctionnera toujours de cette manière. » Pour eux, la « stabilité » prônée par le pouvoir symbolise quarante ans « d'immobilisme ».