Le calme est revenu à Ceuta, enclave espagnole du nord du Maroc, au lendemain d'un drame migratoire qui a coûté la vie à deux personnes. Ce mardi 2 août, la plage de Tarajal, point d'arrivée de nombreux migrants, était surveillée par des policiers espagnols, mais aucune tentative de franchissement n'a été signalée depuis la nuit de dimanche à lundi.
Une tentative massive avortée
Dans la nuit de dimanche à lundi, environ deux cents personnes, pour la plupart d'origine subsaharienne, ont tenté de pénétrer à la nage sur le territoire espagnol. Selon le ministère de l'intérieur espagnol, les conditions de mer étaient très mauvaises, avec une houle de deux mètres et des courants forts. Deux hommes, âgés d'une vingtaine d'années, ont été victimes de la noyade. Les secours, dépêchés par la Croix-Rouge et les gardes-civils, ont réussi à ramener à terre une cinquantaine de personnes, tandis que les autres ont fait demi-tour ou ont été interceptées par les autorités marocaines.
Ce chiffre n'a pas été confirmé par les autorités marocaines, qui ont évoqué une "opération de contrôle" dans la zone frontalière. Selon le ministère de l'intérieur espagnol, la coopération avec le Maroc a été déterminante pour éviter un bilan plus lourd. "Nous avons travaillé main dans la main avec les forces de sécurité marocaines", a déclaré un porte-parole de la délégation du gouvernement à Ceuta.
Une ville meurtrie mais résiliente
Sur les plages, les promeneurs sont revenus. Les commerces, qui avaient fermé leurs volets pendant les échauffourées de lundi, ont rouvert. La mairie de Ceuta a toutefois décidé de maintenir une présence policière renforcée pendant encore plusieurs jours. "La priorité est de préserver la sécurité des habitants et de garantir que ce genre de drame ne se reproduise pas", explique un agent municipal.
Les habitants, eux, expriment un sentiment partagé entre compassion et lassitude. "On ne peut pas rester indifférents devant ces morts, mais on n'accepte pas que la ville soit le théâtre de ces trafics", confie un résident du quartier de Los Rosales, sous couvert d'anonymat.
Une pression migratoire en baisse
Selon les données du ministère de l'intérieur espagnol, les arrivées irrégulières à Ceuta ont chuté de 30 % au premier trimestre de 2026 par rapport à la même période l'an dernier. Cette baisse est attribuée à la coopération renforcée entre Madrid et Rabat, notamment dans le démantèlement des réseaux de passeurs. Cependant, les associations de défense des migrants dénoncent des refoulements illégaux et une externalisation de la gestion des frontières.
"Ce calme apparent ne saurait cacher la réalité des souffrances aux frontières de l'Europe", a déclaré une porte-parole de Médecins Sans Frontières. Elle a réclamé l'ouverture de voies légales et sûres de migration.
La pression politique est retombée
Le drame a suscité une brève polémique politique. Plusieurs députés ont réclamé une commission d'enquête, tandis que le parti d'extrême droite Vox a exigé le déploiement de l'armée. Mais après la déclaration du premier ministre Pedro Sánchez, qui a appelé à "une réponse humaine et ferme", le sujet a été rapidement évincé de l'agenda médiatique.
À Rabat, la tutelle du dossier migratoire a été confiée à une cellule interministérielle. Des officiels marocains, sous couvert d'anonymat, évoquent "une gestion conjointe des frontières plus opérationnelle".
Une enquête ouverte
Le parquet de Ceuta a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances exactes des deux décès. Selon les premiers éléments, les deux victimes auraient été prises en charge par les gardes-civils espagnols, mais elles étaient déjà en arrêt cardio-respiratoire. L'autopsie a été ordonnée.
De son côté, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) a appelé à "une enquête transparente et indépendante" sur les événements.
En attendant, les habitants de Ceuta tentent de reprendre une vie normale. Le drame a laissé des traces dans les mémoires, mais la ville, habituée aux crises migratoires, affiche une nouvelle fois sa résilience. "Nous avons connu pire", lâche un pêcheur de la vieille ville. "La mer reprend toujours ses droits."



