Un canon en bronze de l'épave de la Lune, un trois-mâts de la Marine de Louis XIV qui a sombré le 6 novembre 1664 avec plus de 1 000 hommes à son bord, a été remonté à la surface au large de Toulon. L'opération s'est déroulée du 6 au 10 juillet 2026 dans le cadre de la « Mission Lune 2026 », menée par le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm).
Un canon exceptionnel remonté des profondeurs
Le canon, long de trois mètres et pesant une tonne et demie, repose par 88 mètres de fond dans un secteur tenu secret à l'entrée de la grande rade de Toulon. Il a été treuillé sur le pont du navire d'exploration archéologique Alfred Merlin. Les plongeurs militaires du Cephismer, depuis leur navire Achéron, ont passé des sangles autour de la pièce d'artillerie, une manipulation de 15 minutes nécessitant près de deux heures de paliers.
« Il est plus beau encore que ce que j'imaginais », a déclaré Michel L’Hour, ancien patron du Drassm et co-directeur scientifique de la mission. Le canon en bronze est richement décoré de fleurs de lys, d'une ancre, d'un blason, d'armoiries et d'un grand « L » pour Louis XIV. « Un canon, ce n’est pas qu’une arme. C’est un livre d’images. Il raconte une histoire avec ses inscriptions stylisées. Il représente la puissance royale. C’est la fameuse formule de Richelieu : Ultima ratio regum. “Le dernier argument des rois” n’est autre que la force. Il s’agit d’une pièce de prestige, une pièce exceptionnelle », a ajouté Michel L’Hour.
Une opération délicate et un passé douloureux
Cette remontée fait suite à un incident en octobre 2012, lorsqu'une erreur de manutention avait fait replonger un canon de la Lune qui se trouvait à un mètre seulement de la surface. « On a connu des moments catastrophiques il y a quelques années. Là, on a conjuré le sort », a confié Michel L’Hour. Cette fois, le canon a été sécurisé et sera réimmergé dans un lieu protégé avant d'être envoyé au laboratoire spécialisé Arc’Antique à Nantes.
« On va l’arroser, commencer à le nettoyer et, d’ici la fin de la semaine, il sera réimmergé dans un lieu sécurisé », a expliqué Olivia Hulot, co-directrice scientifique de la mission, décrivant le canon comme « un grand blessé sur un champ de bataille ». Le processus de restauration comprendra une électrolyse pour extraire le chlorure de sodium, et durera environ deux ans avant que le canon puisse être exposé.
Un futur musée pour le canon
Le lieu d'exposition n'est pas encore arrêté, mais le musée de la Marine à Toulon semble tout indiqué. « Le public sera fasciné », a prédit Michel L’Hour. Ce canon est l'une des 36 pièces d'artillerie reposant sur l'épave de la Lune, qui n'a pas encore révélé tous ses secrets. La campagne de fouilles sous-marines se poursuit pour explorer ce vestige du règne de Louis XIV.



