À Atapuerca, l’anthropophagie a défié le temps
À Atapuerca, l’anthropophagie a défié le temps

Des scientifiques ont mis au jour des preuves irréfutables de cannibalisme sur des ossements humains découverts dans le site préhistorique d’Atapuerca, en Espagne. Ces restes, datant d’environ 800 000 ans, constituent les plus anciennes traces d’anthropophagie jamais identifiées dans l’histoire de l’humanité. L’étude, publiée dans la revue Journal of Human Evolution, a été menée par une équipe internationale dirigée par le paléoanthropologue José María Bermúdez de Castro.

Des marques de découpe révélatrices

Les ossements analysés proviennent de la grotte de la Gran Dolina, un site clé de la Sierra d’Atapuerca. Les chercheurs y ont examiné des fragments de crâne, de mâchoire et de membres appartenant à au moins trois individus, probablement des adultes et des adolescents. À l’aide de microscopes électroniques, ils ont identifié des stries et des incisions caractéristiques d’outils en pierre, indiquant un décharnement systématique. « Ces marques sont identiques à celles observées sur des ossements d’animaux consommés sur le même site », explique Bermúdez de Castro.

Une pratique alimentaire, pas rituelle

Contrairement à certaines hypothèses antérieures, les scientifiques estiment que ce cannibalisme était motivé par des besoins alimentaires. « Il ne s’agit pas d’un rite funéraire ou d’un acte symbolique, mais d’une stratégie de survie dans un environnement où la nourriture était rare », précise l’étude. Les restes humains étaient mélangés à des ossements d’animaux tels que des cerfs et des chevaux, tous présentant des traces de boucherie similaires. Cette découverte suggère que les hominidés d’Atapuerca considéraient leurs congénères comme une source de protéines parmi d’autres.

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Un contexte climatique difficile

La période correspond à un épisode glaciaire, où les ressources alimentaires étaient particulièrement limitées. Les hominidés d’Atapuerca, appartenant à l’espèce Homo antecessor, devaient faire face à une forte compétition avec les grands carnivores. « Dans ces conditions, le cannibalisme n’était pas un tabou mais une nécessité », souligne Bermúdez de Castro. L’équipe a également noté que les os avaient été fracturés pour extraire la moelle, une pratique courante pour maximiser l’apport nutritionnel.

Implications pour l’évolution humaine

Cette découverte repousse de plusieurs centaines de milliers d’années les premières preuves certaines d’anthropophagie chez les hominidés. Jusqu’à présent, les plus anciennes traces dataient d’environ 500 000 ans, sur des sites en Afrique et en Europe. « Atapuerca nous montre que le cannibalisme était déjà ancré dans les comportements des premiers Européens », commente la co-auteure María Martínón-Torres. Les chercheurs espèrent que ces résultats aideront à mieux comprendre les stratégies de subsistance et les dynamiques sociales de nos ancêtres.

Un site classé au patrimoine mondial

Le site d’Atapuerca, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2000, est l’un des plus riches gisements de fossiles humains au monde. Il a livré des restes de plusieurs espèces, dont Homo antecessor et Homo heidelbergensis. Les fouilles se poursuivent chaque été, avec l’espoir de nouvelles découvertes sur les origines de l’humanité en Europe.

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