Dans son bloc-notes, Jérôme Garcin évoque deux œuvres récentes qui abordent la figure de Vladimir Poutine sous des angles radicalement différents. D’un côté, le récit de la journaliste Ariane Chemin, qui suit le destin tragique d’écrivains ukrainiens persécutés par le régime russe. De l’autre, le roman de Marc Dugain, qui imagine un Poutine survivant dans les couloirs du pouvoir français.
Ariane Chemin et la tragédie ukrainienne
Ariane Chemin, grand reporter au journal Le Monde, a passé plusieurs mois en Ukraine pour documenter la guerre culturelle menée par Moscou. Son enquête met en lumière le sort de Volodymyr Vakoulenko, un écrivain ukrainien qui a choisi de rester dans son village du nord-est du pays pour protéger son fils autiste, Vitaly. Pour donner des repères à cet enfant qui a une « perception particulière de ce qui l’entoure », Vakoulenko a écrit « le Livre de Papa », un recueil d’histoires imaginées pour lui.
Mais le régime de Poutine ne tolère pas la dissidence littéraire. Vakoulenko a été arrêté, torturé et exécuté par les forces russes. Son corps a été retrouvé dans une fosse commune. Ariane Chemin raconte comment les écrivains ukrainiens sont devenus des cibles prioritaires du Kremlin, qui voit dans la littérature une menace pour son récit impérial.
Marc Dugain et le Poutine de l’Élysée
Dans son dernier roman, Marc Dugain propose une uchronie politique : et si Poutine, après avoir perdu le pouvoir en Russie, trouvait refuge en France et devenait un conseiller occulte du président de la République ? L’auteur de « La Chambre des officiers » imagine un personnage complexe, à la fois manipulateur et fascinant, qui infiltre les cercles du pouvoir parisien.
Dugain explore les fantasmes de survie d’un autocrate déchu, capable de se réinventer dans les salons feutrés de l’Élysée. Le roman interroge notre fascination pour les dictateurs et la porosité des frontières entre la démocratie et la tyrannie. Une fiction qui résonne avec l’actualité, alors que les relations entre la France et la Russie n’ont jamais été aussi tendues.
Deux regards sur le même ennemi
Ces deux œuvres, bien que radicalement différentes dans leur forme, offrent un éclairage complémentaire sur la figure de Poutine. Ariane Chemin montre la violence concrète du régime, son mépris pour la culture et la vie humaine. Marc Dugain, lui, explore les mécanismes psychologiques et politiques qui permettent à un tyran de perdurer, même après sa chute.
Jérôme Garcin souligne que ces deux récits, l’un documentaire, l’autre fictionnel, nous aident à comprendre pourquoi Poutine est à la fois un bourreau et une énigme. « Poutine tue les écrivains ukrainiens, dans le roman de Marc Dugain, il se survit », résume-t-il. Une formule qui dit toute l’ambivalence de notre époque.



