La cocaïne n'est plus un simple phénomène marginal en Algérie. Selon les dernières données des services de douane et de police, les saisies de cocaïne ont augmenté de 40 % en 2022 par rapport à 2021, atteignant 1,2 tonne. Les soirées privées de la jet-set algéroise, notamment dans les quartiers chics d'Alger comme Hydra ou El Biar, sont devenues des lieux privilégiés de consommation.
Un trafic en plein essor
Les réseaux de trafiquants s'adaptent à une demande croissante. « Il y a dix ans, la cocaïne était réservée à une élite très fermée. Aujourd'hui, elle circule plus facilement, même lors de fêtes étudiantes », confie Karim B., un ancien consommateur sous couvert d'anonymat. Les prix restent élevés : 150 à 200 euros le gramme, contre 50 euros en Europe. Mais le nombre d'acheteurs ne cesse de croître.
Les autorités algériennes ont multiplié les opérations. En 2022, plus de 800 personnes ont été interpellées pour possession ou trafic de cocaïne, un record. La brigade des stupéfiants a également démantelé 15 laboratoires clandestins de transformation, notamment à Oran et Constantine.
Impact sanitaire et social
Cette augmentation de la consommation a des conséquences directes sur la santé publique. Le Dr. Fatima Zohra, addictologue à l'hôpital Mustapha d'Alger, alerte : « Les admissions pour overdose à la cocaïne ont triplé en deux ans. Nous voyons des patients de plus en plus jeunes, parfois dès 18 ans. » Selon l'Office national de lutte contre la drogue, 3 % des Algériens âgés de 15 à 35 ans auraient déjà expérimenté la cocaïne, soit près de 600 000 personnes.
La cocaïne n'épargne aucun milieu. Si la jet-set reste le principal consommateur, les classes moyennes et populaires sont de plus en plus touchées. « On trouve de la cocaïne dans les boîtes de nuit, les hôtels de luxe, mais aussi dans certains quartiers populaires », explique le commissaire Benali, chef de la brigade des stupéfiants.
Réponse des autorités
Le gouvernement algérien a renforcé la coopération avec les pays voisins, notamment le Maroc et la Tunisie, principaux points de transit. En mai 2023, une opération conjointe avec la police espagnole a permis de saisir 500 kg de cocaïne au large d'Oran. Les peines pour trafic ont été alourdies : jusqu'à 20 ans de prison et 1 million d'euros d'amende.
Malgré ces efforts, le phénomène continue de s'étendre. Les experts pointent du doigt l'absence de prévention efficace. « L'Algérie n'a pas de campagne nationale de sensibilisation aux risques de la cocaïne. On reste dans un déni collectif », regrette le sociologue Ahmed K.
En parallèle, les soirées privées se multiplient. Organisées par des DJ internationaux ou des influenceurs, elles attirent une clientèle fortunée, parfois en provenance des pays du Golfe. La cocaïne y est consommée sans complexe, malgré la législation très répressive.
Une menace pour la stabilité
Au-delà des aspects sanitaires, la cocaïne menace la stabilité sociale. Elle alimente une économie parallèle estimée à 500 millions d'euros par an, selon le ministère de l'Intérieur. « L'argent de la drogue infiltre les petites entreprises et le secteur immobilier », s'inquiète un économiste sous couvert d'anonymat.
La société civile s'organise. Des associations comme « Algérie propre » multiplient les actions de prévention dans les écoles et les universités. Mais le chemin est long. « Il faut briser le tabou. La cocaïne n'est plus un problème de riches, c'est un fléau national », conclut le Dr. Zohra.



