Afrique du Sud : ultimatum xénophobe expiré, tensions maximales
Afrique du Sud : ultimatum xénophobe expiré, tensions

L'Afrique du Sud est sous haute tension ce lundi 29 juin 2026, alors que l'ultimatum lancé par des groupes xénophobes à l'encontre des migrants étrangers a expiré. Ces groupes, menaçant de passer à l'action, exigent le départ des ressortissants étrangers, notamment des communautés somalienne, éthiopienne et pakistanaise, sous peine de représailles.

Un ultimatum aux accents de crise humanitaire

Depuis plusieurs semaines, des organisations informelles, souvent qualifiées de "comités de vigilance", multiplient les discours hostiles aux migrants, accusés de voler les emplois et d'augmenter la criminalité. L'ultimatum, qui expirait à minuit dimanche, a été largement relayé sur les réseaux sociaux, provoquant un vent de panique dans les quartiers commerçants tenus par des étrangers.

Selon un recensement partiel de l'ONG Human Rights Watch, plus de 200 boutiques ont déjà fermé leurs portes à Johannesburg et dans la province du Gauteng par crainte de pillages. "Nous vivons dans la peur constante. Beaucoup de nos compatriotes ont déjà fui vers des zones plus sûres", témoigne un commerçant somalien joint par téléphone.

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Réaction des autorités et mesures de sécurité

Le gouvernement sud-africain, par la voix du ministre de la Police, Bheki Cele, a condamné fermement ces menaces. "Nous ne tolérerons aucune forme de violence ou d'intimidation. La police est en état d'alerte maximale et des patrouilles ont été renforcées dans les zones sensibles", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse dimanche.

Des unités spéciales de la police nationale (SAPS) ont été déployées dans les townships de Soweto, Alexandra et Tembisa, où les tensions sont les plus vives. Le gouvernement a également appelé les chefs communautaires à promouvoir la coexistence pacifique.

Un phénomène récurrent en Afrique du Sud

Les violences xénophobes ne sont pas nouvelles en Afrique du Sud. En 2008, des émeutes avaient fait plus de 60 morts, et en 2019, des pillages avaient ciblé des commerces étrangers à Johannesburg. Selon le chercheur Jean-Pierre Misago, de l'African Centre for Migration & Society, "la rhétorique anti-immigrés est instrumentalisée par des acteurs politiques locaux pour détourner l'attention des problèmes structurels, comme le chômage qui touche 34 % de la population active".

Cette fois, les menaces sont amplifiées par les réseaux sociaux, où des appels à la "purification" des quartiers circulent. Des experts redoutent une escalade si des mesures de désescalade ne sont pas prises rapidement.

Conséquences économiques et diplomatiques

Au-delà de la sécurité, l'impact économique est déjà palpable. De nombreux commerces tenus par des étrangers, qui constituent une part importante de l'économie informelle, ont cessé leur activité. Selon la Chambre de commerce sud-africaine, la fermeture de ces commerces pourrait entraîner une perte de 500 millions de rands (environ 25 millions d'euros) par semaine.

Sur le plan diplomatique, plusieurs pays africains, dont le Nigeria et le Kenya, ont exprimé leur inquiétude et appelé Pretoria à protéger les ressortissants étrangers. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a également exhorté les autorités à "prévenir toute violence et à garantir le respect des droits des migrants".

Un test pour la présidence Ramaphosa

Cette crise survient alors que le président Cyril Ramaphosa est déjà fragilisé par des scandales politiques et une économie en stagnation. Sa gestion de la situation sera scrutée de près, tant au niveau national qu'international. "Il doit montrer que l'État de droit prévaut, sous peine de voir l'image de l'Afrique du Sud se dégrader davantage", analyse l'éditorialiste Mondli Makhanya.

Alors que l'ultimatum a expiré sans incident majeur dans la nuit de dimanche à lundi, l'inquiétude reste vive. Les prochains jours seront décisifs pour éviter un bain de sang et prouver que la démocratie sud-africaine peut résister aux démons de la xénophobie.

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