Les sapeurs-pompiers volontaires, qui représentent près de 80 % des effectifs de secours en France et réalisent environ deux tiers des interventions, sont au cœur du dispositif de sécurité civile. Mais en Lozère, où ils constituent 97,5 % des effectifs, leur modèle est mis à l'épreuve par l'intensification des interventions liées à la canicule et à la sécheresse. Alors que les pompiers sont entrés en grève le 13 août 2026, la question se pose : jusqu'où le modèle français peut-il tenir ?
Un modèle de secours qui repose sur l'engagement
Dans le département de la Lozère, "97,5 % des sapeurs-pompiers sont des volontaires. Toutes les interventions sont faites par des volontaires, c'est assez atypique. En Lozère, plus qu'ailleurs, nos sapeurs-pompiers volontaires sont au cœur du dispositif de secours", explique Laurent Suau, président du Département et du Sdis. Ce territoire rural repose donc presque entièrement sur le bénévolat de ses habitants : "C'est avant tout un engagement qui demande une forte disponibilité, souvent au détriment de la famille et du travail", précise-t-il.
Loïc Costa Roch, délégué syndical de la Lozère des sapeurs-pompiers volontaires de France, sort d'une astreinte de nuit où il est intervenu de 3 à 6 heures du matin. Demain, il reprendra son travail à la mairie de Vialas. "Ça m'est arrivé de nombreuses fois de ne pas être à la maison un 24 décembre, c'est aussi un choix que l'on impose à nos familles", témoigne-t-il.
Une disponibilité sous tension
Cette organisation repose sur une certaine souplesse. "Si on était soumis à la réglementation du temps de travail comme les professionnels, on ne pourrait pas effectuer nos missions de pompiers en plus de notre emploi, c'est une chance", estime Loïc Costa Roch, engagé depuis son plus jeune âge. Mais cette disponibilité, qui permet au système de fonctionner, pourrait devenir sa principale fragilité. Avec la multiplication des mégafeux et des vagues de chaleur, les interventions deviennent plus intenses et sollicitent davantage les pompiers. Pour ceux qui exercent ce métier en parallèle de leur emploi, cette évolution rend l'engagement plus difficile à maintenir dans la durée.
"Il y a beaucoup de turn-over, c'est compliqué de garder les sapeurs-pompiers volontaires sur le long terme. Cela peut être lié à une sursollicitation ou des interventions compliquées qui déclenchent des traumatismes. On reste des êtres humains, on n'est pas des héros", rappelle Loïc Costa Roch. Le problème n'est donc pas seulement celui du recrutement, mais aussi celui de la fidélisation. Cette difficulté pourrait fragiliser progressivement un système qui repose sur la capacité des volontaires à donner une partie de leur temps.
Faut-il renforcer les professionnels ?
En Lozère, cette situation pose une question que le département ne pourra pas éternellement contourner : faut-il renforcer la part des professionnels pour soulager un modèle qui repose presque entièrement sur les volontaires ? L'enjeu serait alors moins de choisir entre professionnels et volontaires que de trouver un nouvel équilibre entre les deux. Car si le volontariat reste indispensable au fonctionnement des secours, son avenir dépend aussi de la capacité du système à ne pas reposer uniquement sur la disponibilité de citoyens qui doivent, en parallèle, travailler et vivre leur vie familiale.
La veille de la grève, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, avait reçu une intersyndicale de sapeurs-pompiers professionnels et personnels, excluant des discussions les syndicats de pompiers volontaires. "Comment peut-on demander aux sapeurs-pompiers volontaires de sauver le système lorsque la France brûle, tout en refusant de les entendre lorsqu'il faut décider de leur avenir ?", a demandé Bruno Menard, secrétaire du syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France dans un communiqué. À mesure que les interventions s'intensifient, cette question devient centrale : combien de temps encore le modèle pourra-t-il tenir si la ressource sur laquelle il repose — le temps des volontaires — devient elle-même de plus en plus difficile à mobiliser ?



