Bob l'éponge, symbole de contestation en Égypte avant suspension
Bob l'éponge, symbole de contestation en Égypte

Une page Facebook consacrée à des détournements du dessin animé Bob l'éponge est devenue en quelques jours un espace majeur de critique du pouvoir en Égypte, attirant près de deux millions d'abonnés, avant d'être suspendue le 23 août. Créée le 11 août sous le nom « Les doléances des gens de Qa'a Al-Hamour » – Qa'a Al-Hamour étant le nom arabe de Bikini Bottom, la ville sous-marine où vit Bob l'éponge –, la page a rapidement connu un véritable succès, indique le quotidien libanais An-Nahar.

Un humour qui fédère des millions d'Égyptiens

Des internautes ont commencé à y partager des images, des vidéos et des mèmes mettant en scène les personnages de Bob l'éponge pour se moquer du gouvernement et critiquer la situation sociale du pays. Les publications abordaient notamment la corruption, les inégalités, les difficultés économiques et les problèmes rencontrés au quotidien par une partie de la population égyptienne.

Le phénomène a pris une telle ampleur que plusieurs personnalités de la télévision, de la chanson et du cinéma ont commencé à participer au mouvement. Une seconde page, intitulée « Ministère de l'Intérieur de Qa'a Al-Hamour », a même vu le jour. Son logo reprenait les codes visuels du véritable ministère égyptien de l'Intérieur, accentuant encore la dimension satirique du mouvement, note le site local Mada Masr. Des images détournant le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi ont également circulé sur les réseaux sociaux.

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Des accusations et une suspension contestée

Face à la popularité croissante de la page, certains médias favorables au pouvoir ont accusé le mouvement d'être lié aux Frères musulmans, organisation interdite par les autorités égyptiennes. La page a finalement été suspendue le 23 août, et devrait rester inaccessible pendant 59 jours.

Cette décision a alimenté les interrogations sur la liberté d'expression sur les réseaux sociaux en Égypte. L'affaire a également suscité des réactions à l'étranger. Le site qatari Arabi21, relayé par Courrier international, s'est notamment interrogé sur les raisons pour lesquelles le pouvoir égyptien pouvait se sentir menacé par une page consacrée à un personnage de dessin animé. La suspension soulève des questions sur les limites de la satire politique dans le pays, alors que la page avait réussi à fédérer une communauté de près de deux millions d'abonnés en moins de deux semaines.

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