Marc-André Selosse plaide pour une avancée vers le monde microbien lors d'une conférence en Aveyron
Selosse : s'avancer vers le monde microbien, une nécessité

Marc-André Selosse éclaire le public sur l'importance cruciale du monde microbien

Marc-André Selosse, professeur au Muséum d'histoire naturelle de Paris et membre de l'académie d'agriculture de France, a récemment animé une série de rencontres captivantes à Saint-Affrique, dans l'Aveyron. Invité par l'association Alterna'Bio, ce spécialiste reconnu des microbiotes et des champignons a partagé ses connaissances avec trois publics distincts lors d'une journée riche en enseignements.

Des échanges techniques sur le fromage au lait cru avec les professionnels

En fin de matinée, le professeur Selosse a rencontré au Caveau une vingtaine d'éleveurs venus de l'Aubrac, de la vallée du Lot, du Larzac et du Saint-Affricain, ainsi que des fabricants de fromages locaux. Emmanuelle Marbezy, conseillère produits laitiers et responsable qualité à la chambre d'agriculture, a présenté les travaux nationaux sur la gestion des flux microbiens.

Les discussions, parfois très techniques, ont principalement porté sur le fromage et le lait cru. "On a beaucoup parlé des vertus du lait cru et des risques associés", note Marc-André Selosse. "J'ai appris plein de choses sur les pratiques, notamment sur celle consistant à ensemencer avec des bactéries la paille sous les animaux de façon à empêcher l'installation de bactéries indésirables. Des microbes bien choisis peuvent nous protéger de l'arrivée de microbes indésirables."

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Une intervention pédagogique auprès des élèves et stagiaires

Après un repas partagé composé de fromages locaux, le professeur s'est adressé l'après-midi à cent soixante élèves des lycées Jean-Jaurès et Saint-Gabriel de Saint-Affrique, du lycée Jean-Vigo de Millau, ainsi qu'à des stagiaires adultes du CFPPA de la Cazotte souhaitant devenir maraîchers ou agriculteurs.

Son exposé sur les microbiotes s'est articulé autour de deux axes fondamentaux : "pas de plantes sans microbe" et "pas d'animaux sans microbe". "J'ai fait partie des rédacteurs des programmes du secondaire et j'ai fait quelque chose qui recoupe plein d'ambitions de leur programme", a-t-il expliqué. Avec les stagiaires, des échanges fructueux ont eu lieu sur les pratiques agricoles alternatives et l'agro-écologie.

Une conférence grand public qui a fait salle comble

Le temps fort de la journée fut incontestablement la conférence grand public qui a réuni trois cent cinquante personnes dans une salle des fêtes archicomble. Durant deux bonnes heures, Marc-André Selosse a captivé son auditoire avec une présentation passionnante.

La première partie de son intervention concernait la biologie, la vie du sol, les microbiotes et les champignons. Le professeur a révélé des données saisissantes : "Le sol fait des choses incroyables sur le devenir d'un million de tonnes de pesticides. C'est un tiers des pesticides que l'on met chaque année dans les champs à l'échelle globale. Une analyse démontre que 82 % des pesticides sont détruits par la vie du sol. 10 % restent. Ils sont toxiques et capables de rentrer dans les plantes et d'intoxiquer les gens qui les mangent. 7 % se sauvent dans l'eau et vivent dix fois plus longtemps car ils ont dix fois moins de chances de rencontrer un microbe."

Le microbiote humain : un écosystème essentiel

Marc-André Selosse a également détaillé l'importance du microbiote humain. Dans le tube digestif de l'homme, il existe un écosystème microbien qui aide à digérer : "Le corps a 10 000 milliards de cellules humaines et 10 000 milliards de bactéries dans le tube digestif. Il y a 1 000 milliards de bactéries et de levures (des champignons unicellulaires) sur la peau. Tout cela fait 5 000 à 10 000 espèces différentes."

Après avoir abordé des sujets controversés comme le labour, l'agriculture biologique ou le glyphosate, le professeur a insisté sur la nécessité de la nuance : "Mon problème, c'est la nuance. Je n'ai pas dit que le lait cru est meilleur que le pasteurisé. J'ai juste dit que c'est une autre voie. Je n'ai pas dit que le bio était mieux que le non labouré ou vice-versa, ce sont deux voies. Je n'oppose pas les voies. C'est dur de défendre cela car on est dans une guerre de tranchées où il faut être pour ou contre."

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Les microbes : une promesse pour l'avenir de l'humanité

Le spécialiste a conclu sa conférence par un plaidoyer en faveur d'une meilleure compréhension du monde microbien : "Aujourd'hui on manque de microbes notamment à cause des produits vendus dans le commerce. Les aliments ultra transformés ne sont pas bons pour la santé car ils contiennent des additifs qui bousillent le microbiote. Notre culte de la propreté n'est pas adapté à ce que nous sommes."

"Aujourd'hui, la question est de comprendre ce qui est optimal pour nous et pour les plantes. Les microbes sont capables du pire et aussi du meilleur. Utiliser des microbes pour être en bonne santé et faire des choses qui se passent bien, c'est une promesse pour l'avenir. C'est un monde inexploré. C'est une Belle au bois dormant pour notre compréhension du monde et de l'avenir de l'humanité."

Marc-André Selosse a finalement lancé un appel : "Sans naïveté, il faut maintenant s'avancer vers le monde microbien en comprenant que c'est l'un des endroits où la biodiversité peut nous aider, avant de les avoir trucidés tous." Un message fort qui a profondément marqué les 350 personnes présentes à cette conférence exceptionnelle.