Le préfet des Alpes-Maritimes, Jean-Marie Girier, a annoncé ce jeudi 13 août le placement de 18 nouvelles communes sous restriction d'eau, portant à 100 le nombre de communes concernées dans le département. Cette décision intervient alors que le week-end du 15 août s'annonce comme un pic de consommation, avec une ressource en eau de plus en plus fragile et des cours d'eau qui s'épuisent.
De nouvelles zones en alerte
Les communes du bassin de la Roya aval, de Castellar à La Turbie en passant par Menton, ainsi que celles du bassin de l'Aturby, incluant Valderoure et ses communes limitrophes, rejoignent les zones restreintes au niveau d'« alerte ». Le bassin du Loup bascule de son côté en « alerte renforcée ».
Cette mesure intervient quelques jours avant le week-end du 15 août, pour lequel « un volume de 650.000 touristes » avait été enregistré par l'agence départementale du tourisme l'an dernier. À cela s'ajoute, depuis le 1er janvier, une consommation d'eau en hausse de 18 % par rapport à l'an dernier. Le préfet Jean-Marie Girier prévient : « Le week-end du 15 août est celui du pic de consommation d'eau. Notre objectif est de mettre le coup de frein le plus vite possible. »
Une situation météo en tension
Cette surconsommation découle d'un été extrême où le ciel reste vide et le thermomètre s'affole. Hélène Correa, de Météo-France, s'alarme : « Le mois de juillet a été le plus chaud, tous mois confondus, depuis 1947. » La température moyenne a atteint 22,6 °C, soit 3,4 °C au-dessus des normales. Le déficit de pluie depuis septembre 2025 atteint déjà 17 %, desséchant totalement les sols. En outre, 53 % des cours d'eau du département sont déjà assec.
Audrey Massot, de la Direction départementale des territoires, illustre cette baisse : « En l'espace de dix jours seulement, le débit du Loup a été divisé par deux. » Son cours est tombé de 469 à 258 litres par seconde.
Des mesures de sensibilisation et de contrôle
Pour enrayer cette spirale, les autorités déploient deux armes complémentaires. La première, la sensibilisation locale, prouverait déjà son efficacité. Lorsque les élus envoient des SMS ou des courriels à leurs administrés, « on se rend compte qu'on arrive à baisser de 20 à 30 % la consommation », estime le préfet.
Si la pédagogie ne fonctionne pas, des contrôles sont également effectués. Une centaine a été menée depuis fin juillet a révélé 68 % de non-conformité (deux chiffres en hausse par rapport à 2025), selon la DDTM. En cas de fraude caractérisée, le maire et la gendarmerie interviennent directement, comme à Tourrettes-sur-Loup où deux propriétaires gaspillaient 80 % d'un bassin local. Dans ce genre de cas, les contrevenants s'exposent à des poursuites judiciaires et 1.500 € d'amende.
Des conséquences sur la biodiversité
Au-delà des usagers, cette sécheresse inflige un désastre silencieux à la biodiversité. Sous l'eau, René Bonvallat, de l'Office français de la biodiversité, s'alarme : « Le premier impact direct de la faiblesse des débits est l'augmentation de la température de l'eau. » Il prend l'exemple des truites. Dès 25 °C, l'eau devient mortelle pour elles, ce qui a imposé de déplacer 1.500 truites fario lors d'une pêche de sauvegarde dans la Brigue.
René Bonvallat illustre ce confinement : « Réduire le débit, c'est réduire l'espace de vie. C'est comme passer d'un appartement de 120 m² à une chambre d'étudiant de 9 m². Je vous laisse imaginer les conséquences. » Ce tarissement favorise aussi les algues qui asphyxient la faune aquatique, tandis que la baisse des points d'eau terrestres nuit à la reproduction de certaines espèces.
Malheureusement, l'horizon météorologique n'offre que peu d'espoir d'amélioration rapide. Les prévisions annoncent des températures supérieures aux normales jusqu'en octobre. Même les pluies attendues de l'automne pourraient n'avoir qu'un faible impact sur les sols. Ceux-ci étant desséchés, durs comme du béton, ils ne pourront pas absorber des précipitations brutales. Face à ce risque, le préfet Jean-Marie Girier appelle chacun au civisme : « Si tout le monde fait un minimum d'effort, c'est là qu'on arrive à tenir la meilleure préservation de la ressource. »



