PFAS : l'UE durcit son avis sur le TFA, polluant éternel dans l'eau
PFAS : l'UE durcit son avis sur le TFA, polluant éternel

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a durci son avis concernant le TFA (acide trifluoroacétique), un polluant éternel de la famille des PFAS, en abaissant le seuil de tolérance quotidien. Cette décision, publiée le 22 juillet 2025, fait suite à de nouvelles données scientifiques montrant une présence massive de ce composé dans l'eau potable, notamment en France.

Un seuil divisé par dix

L'EFSA a fixé la dose journalière tolérable (DJT) pour le TFA à 0,1 microgramme par kilogramme de poids corporel par jour, soit dix fois moins que la précédente limite de 1 µg/kg/jour établie en 2020. Selon l'agence, cette révision est motivée par des études récentes mettant en évidence des effets toxiques sur le foie et la thyroïde chez l'animal.

En France, l'eau potable est particulièrement concernée. Une enquête de l'UFC-Que Choisir en 2024 avait révélé que 87 % des échantillons d'eau du robinet contenaient du TFA, avec des concentrations dépassant souvent 0,5 µg/L. À titre de comparaison, la nouvelle DJT correspond à une concentration maximale dans l'eau de 0,1 µg/L pour un adulte de 70 kg consommant 2 litres par jour.

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Origines multiples et controverses

Le TFA est un sous-produit de dégradation de nombreux PFAS, mais aussi des pesticides et des gaz réfrigérants. Selon l'ONG Générations Futures, les rejets industriels et agricoles sont les principales sources de contamination. L'association a dénoncé un « scandale sanitaire » et réclame un plan d'urgence pour réduire les émissions.

Interrogé par Libération, le ministère de la Santé indique qu'il « prend acte de cet avis et travaillera avec l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) pour évaluer l'impact sur la réglementation française ». Actuellement, la limite de qualité pour les PFAS dans l'eau potable en France est de 0,1 µg/L pour 20 substances, mais le TFA n'est pas encore inclus spécifiquement.

Des conséquences sur les normes

L'avis de l'EFSA pourrait contraindre les autorités françaises à revoir les seuils réglementaires. Selon le professeur Alain Gérard, toxicologue à l'Inserm, « cette nouvelle DJT implique que des millions de Français sont exposés à des niveaux de TFA dépassant la limite de sécurité, ce qui nécessite des actions immédiates de traitement de l'eau ou de réduction des sources ».

Les associations de consommateurs appellent à une interdiction rapide des PFAS non essentiels, conformément à la proposition de restriction européenne. Une pétition lancée par l'UFC-Que Choisir a déjà recueilli plus de 200 000 signatures.

Réactions politiques

La députée écologiste Sandrine Rousseau a salué « un pas dans la bonne direction, mais insuffisant » et réclame une révision des autorisations de mise sur le marché des pesticides contenant des précurseurs de TFA. De son côté, le syndicat des eaux de France estime que la mise en conformité pourrait coûter « plusieurs centaines de millions d'euros » aux collectivités.

L'EFSA précise que son avis est provisoire et sera réévalué en 2027, en fonction des nouvelles données toxicologiques.

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