Depuis le 15 juin et jusqu'au 15 septembre, deux bateaux équipés de filets sillonnent chaque jour le littoral de Menton, de la frontière italienne à Roquebrune-Cap-Martin, pour collecter les déchets flottants. Une opération menée sur une bande de 10 kilomètres de long et 300 mètres de large.
Une centaine de kilos de déchets collectés chaque jour
« On ramasse environ une centaine de kilos de déchets par bateau chaque jour. Mais la quantité et la composition sont très variables selon les conditions météorologiques », explique Benoît Chenay, responsable du pôle d'interventions maritimes de la société Marinov, mandatée par la Communauté d'agglomération de la Riviera Française (CARF) depuis 2008. Les déchets ramassés sont variés : végétaux, carton, verres, plastiques.
Parmi les déchets d'origine humaine, le plastique à usage unique domine largement. « Ce qu'on retrouve en grande quantité, ce sont les plastiques à usage unique. Et dans toutes les tailles, du macro-déchet à la nanoparticule », précise le Dr Christine Risso, directrice adjointe du laboratoire ECOSEAS de l'Université Côte d'Azur de Nice-Sophia Antipolis. Ces détritus, jetés au sol, sont emportés par le vent dans les cours d'eau, puis déversés en mer. « Les jours de forte pluie, la rivière drague énormément de déchets qui se retrouvent ensuite dans la mer », ajoute Benoît Chenay. À cette pollution terrestre s'ajoute celle directement produite en mer par les bateaux qui jettent leurs déchets par-dessus bord.
La Méditerranée, mer la plus polluée au monde
Selon des données de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME), près de 630 tonnes de plastiques s'accumulent chaque jour en Méditerranée, faisant de cette mer la plus polluée du monde en volume de déchets plastiques. Cette pollution constitue un danger immédiat pour la survie des espèces marines : une fois ingérés par les animaux, les fragments de plastique s'accumulent dans l'estomac et provoquent une mort prématurée.
Pour sensibiliser le public, la mairie de Menton a installé deux caches-conteneurs en forme de baleine et de tortue près du port du Bastion au cours de l'été. Une initiative ludique visant à rappeler les bonnes pratiques en matière de recyclage.
Une coopération internationale nécessaire
Le Dr Christine Risso insiste sur la nécessité d'une collaboration avec tous les pays méditerranéens, au-delà de l'accord RAMOGE signé en 1976 entre la France, Monaco et l'Italie. « Le plastique est une affaire qui ne concerne pas que notre petit territoire. C'est une question internationale car la diffusion du plastique est malheureusement sans frontière. On pourra mettre tous les moyens en place en France, ça n'arrêtera pas le transport et la diffusion des plastiques provenant de pays voisins du pourtour méditerranéen, de venir s'échouer sur notre littoral », souligne-t-elle.
La chercheuse, également enseignante-chercheuse en toxicologie et directrice des études de l'école Polytech Nice Sophia, estime qu'il est essentiel d'intervenir en amont de l'introduction du plastique en mer. « Une fois dans le milieu marin, c'est trop tard. C'est pourquoi il est essentiel d'intervenir en amont de son introduction dans la mer, en réduisant l'utilisation du plastique à usage unique. Une fois dégradé à l'échelle de nanoparticule dans les milieux aquatiques, il est impossible d'en réduire la présence, les milieux la subissent », prévient-elle.
Des actions à tous les niveaux
Pour lutter contre l'abondance de plastique en mer, le Dr Risso préconise plusieurs actions coordonnées : mieux équiper les stations d'épuration, filtrer toutes les sorties des réseaux d'eaux pluviales, inciter les industriels à repenser leurs contenants, traiter le plastique invisible issu de l'usure des pneumatiques et des microfibres synthétiques rejetées par les machines à laver, et mener des actions de sensibilisation dans les écoles.
« On parle de recyclage, de valorisation du plastique et de sa réutilisation. C'est dans un ordre de marche assez satisfaisant. Le tout, c'est de continuer, et de ne pas baisser les bras, car on n'est pas impuissant. Il y a vraiment des leviers sur lesquels il faut continuer à agir et poursuivre nos efforts à tous les niveaux, de la recherche et l'innovation scientifiques à la responsabilisation sociétale, en passant par les pouvoirs politiques et législatifs », conclut-elle. En attendant, les bateaux « mer propre » de Menton repartent chaque jour à l'aube pour traquer les déchets flottants et affronter la pollution marine qui submerge le littoral.



