Un chantier stoppé par la radioactivité
Le chantier du futur hôtel d’entreprises des Minimes, à La Rochelle, est à l’arrêt depuis la découverte de deux sources radioactives lors des travaux de terrassement. Selon un communiqué officiel, il s’agit de déchets de thorium et de radium, ce dernier présentant une intensité relativement forte justifiant des mesures de sécurité. La mairie a mis trois jours à rendre publique l’information, révélée par le journal Sud-Ouest le 27 mars 2004.
Le site se situe à proximité du Technoforum, entre Ville-en-Bois et Minimes, un quartier en pleine expansion où logements, commerces et services ont poussé rapidement. Ironie du sort, ce nouveau quartier est traversé par l’avenue Henri-Becquerel, du nom du découvreur de la radioactivité.
Un passé de décharge sauvage
Il y a seulement trente ans, le Marais perdu était un no man’s land, une décharge à ciel ouvert où chacun pouvait déposer tous types de déchets. Un riverain se souvient : « Ça brûlait souvent, ça puait tout le temps, ça explosait même parfois ! » Gravats, fûts, ordures ménagères ont servi à remblayer le marais pendant une quinzaine d’années. À la fin des années 80, lors du creusement des piliers du Technoforum, des remontées de méthane issues de la putréfaction des matières avaient déjà incommodé les ouvriers.
Deux hypothèses, une source
Les regards se tournent vers l’usine Rhodia (ex-Rhône-Poulenc) de Chef-de-Baie, longtemps ciblée par les écologistes. Deux hypothèses sont avancées : soit les boues de la station d’épuration de l’entreprise ont été déversées sur le site, soit les matières radioactives charriées par les effluents se sont déposées dans les vases du chenal, puis ont été transférées lors du creusement du port des Minimes.
Un héritage industriel lourd
Rhodia est aujourd’hui considérée comme une usine propre, mais la pollution découverte est le résultat d’un passé moins respectueux. L’entreprise utilisait de la monazite, un minerai radioactif importé de Chine, pour extraire du thorium. Des tonnes de résidus faiblement contaminés ont servi à combler le Marais perdu et Chef-de-Baie. Alain Bucherie, adjoint au maire chargé de l’environnement, dénonce un « cadeau empoisonné » : « Rhodia a beaucoup changé, mais on hérite du laisser-aller de l’époque. »
L’urbanisation du Marais perdu n’a été précédée d’aucune analyse systématique des sols. Si la mairie contrôle les bâtiments publics, aucune contrainte n’est imposée aux promoteurs privés. Bien que les fuites radioactives soient qualifiées de minimes, cette situation interroge sur la gestion des pollutions historiques.



