La fertilité, un critère d'attirance inconscient chez les gays
Fertilité attirante chez les hommes homosexuels

Comme toutes les semaines, le chercheur en psychologie Jesse Bering décortique une étude sur la sexualité. En tant qu'homme gay, je peux en attester : beaucoup de choses m'attirent chez mes semblables, mais « fertile » n'est pas, à ma connaissance, un adjectif que j'aie jamais inscrit au palmarès des qualités les plus désirables. Mon partenaire et moi aurions beau remettre cent fois l'ouvrage sur le métier que nous ne nous reproduirions jamais. Et si l'un de nous deux tire à blanc depuis vingt ans, nous n'en savons rien – et cela nous indiffère. Nous sommes parfaitement heureux d'élever nos deux magnifiques enfants à poils et à quatre pattes.

Cela dit, à en croire les résultats d'une étude publiée fin 2020 et menée par Robin Rinn, de l'université de Würzburg, il se peut que je passe, depuis des années, mon temps à désirer des hommes que mon cerveau sexuel inverti prend pour de bons candidats à me féconder – ou que je pourrais inséminer moi-même… À ce stade, j'avoue que le dossier devient quelque peu brumeux.

Une perspective évolutionniste

Du point de vue de la théorie de l'évolution, le raisonnement de Rinn est moins farfelu qu'il n'en a l'air. Des travaux antérieurs ont montré que les hommes homosexuels présentent souvent une sorte de mosaïque de préférences et de comportements sexuels : beaucoup relèvent plutôt du profil observé chez les hommes hétérosexuels – primauté accordée à l'attrait physique plutôt qu'aux ressources ou au statut, attirance pour des partenaires jeunes, goût plus prononcé pour les aventures sans lendemain, etc. – tandis que d'autres traits les rapprochent davantage des femmes hétérosexuelles.

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C'est le cas, par exemple, d'une jalousie plus vive face à l'infidélité émotionnelle que sexuelle du partenaire, ou d'une tendance à rabaisser des rivaux amoureux présumés par des formes d'agression indirecte plutôt que frontale.

Je précise d'emblée qu'il s'agit de grandes tendances : nous sommes tous « uniques », bien sûr, et personne, gay ou hétéro, ne saurait se voir réduit à ce vaste canevas darwinien. Il n'en reste pas moins que, selon le consensus scientifique, les stratégies d'accouplement humaines s'organisent davantage autour du sexe biologique que de l'orientation sexuelle.

Darwin sous la couette

Nos ancêtres mâles et femelles n'avaient pas tout à fait les mêmes soucis adaptatifs en matière de reproduction : les uns risquaient quelques coups de reins, les autres, potentiellement, leur peau. Les hommes ont donc tendance à privilégier la quantité à la qualité, tandis que les femmes suivent plutôt la logique inverse.

Autrement dit, nous avons beau être homosexuels, nous n'en restons pas moins des hommes biologiques, équipés d'un cerveau façonné par la sélection naturelle pour servir – chut – la propagation de nos gènes. La biotechnologie a certes rebattu les cartes pour nombre de couples de même sexe, mais pendant 99,9 % de l'histoire de notre espèce, les femmes fertiles ont été l'unique voie d'accès à ce glorieux objectif.

Sous cet angle, l'argument de Rinn commence à prendre un tour beaucoup moins loufoque. Comme il l'écrit avec ses coauteurs dans leur étude de Personality and Individual Differences, « la question se pose de savoir si l'instinct reproductif intervient inconsciemment dans le comportement d'accouplement des homosexuels, même lorsque les rapports sexuels ne peuvent déboucher sur une descendance. »

Deux expériences pour sonder l'inconscient

Les chercheurs ont donc mené deux expériences pour examiner cette question « queer » jusqu'au bout. Dans la première, ils ont recruté 124 hommes sur des plateformes de rencontres en ligne homosexuelles (n = 64) et hétérosexuelles (n = 60). La poignée de participants se déclarant bisexuels a été classée dans l'un ou l'autre groupe selon le genre qu'ils disaient préférer ; ceux qui déclaraient aimer autant les hommes que les femmes ont été exclus des analyses.

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Comme l'expliquent les auteurs : « Les participants ont été informés qu'ils allaient voir le profil d'une donneuse dans une clinique de fertilité en ligne et qu'ils devraient évaluer certaines caractéristiques de cette personne à partir des informations fournies. Il leur a également été demandé d'imaginer qu'eux-mêmes – ou l'un de leurs amis – avaient besoin d'un don de matériel génétique, ce qui justifiait l'évaluation de ce profil de clinique de fertilité. »

Une beauté sous contrôle

En réalité, tous ont vu un profil féminin quasi identique : une photo en buste de la même femme souriante de 22 ans. Des tests préliminaires, réalisés auprès d'un autre échantillon d'hommes hétérosexuels, avaient établi que cette femme – la « personne stimulus » féminine – se situait « au milieu de l'échelle d'attractivité », c'est-à-dire qu'elle avait obtenu une note moyenne de 4 sur 7.

Son faux profil de clinique de fertilité comportait quelques informations élémentaires : origine européenne, cheveux bruns, yeux marron, groupe sanguin A +, ainsi que quelques traits de personnalité assez passe-partout, comme le fait d'être attentionnée. La seule vraie différence tenait à ceci : la moitié des participants a été assignée au hasard à la condition de faible fertilité, où la femme était censée avoir une « probabilité de conception de 3 % » ; l'autre moitié à la condition de forte fertilité, où cette probabilité grimpait à 89 %.

Les participants devaient ensuite évaluer la personne cible selon plusieurs critères, dont le plus important, en théorie, était leur perception de son attractivité physique. Le simple fait de modifier l'information relative à la fertilité suffisait-il à changer leur impression subjective de sa beauté, quelle que soit leur orientation sexuelle ? Les résultats obtenus sur une échelle d'attractivité en cinq points suggèrent que oui.

« Notre manipulation a fonctionné », écrivent Rinn et ses collègues. « Les participants masculins, homosexuels comme hétérosexuels, ont jugé la femme de la condition de forte fertilité plus attirante que celle de la condition de faible fertilité, ce qui confirme notre hypothèse selon laquelle la fertilité semble agir comme un indice adaptatif de l'attrait physique. » Il reste que, comparés à leurs homologues hétérosexuels manifestement plus concernés par le dossier, les homosexuels l'ont trouvée globalement moins attirante – ce qui tendait à confirmer qu'ils étaient, en effet, homosexuels.

Le pénis qui change tout

L'étude n° 2 allait comporter une petite astuce. Ou, plus exactement, un pénis. Le protocole restait globalement le même, sauf qu'en plus d'évaluer le profil fictif d'une femme inscrite dans une clinique de fertilité, les participants devaient faire de même pour un homme. Comme son équivalent féminin, ce jeune homme fictif, « moyennement séduisant », était présenté comme ayant soit une « faible fertilité » – 3 % – soit une « forte fertilité » – 89 %.

Les participants masculins, homosexuels (n = 124) et hétérosexuels (n = 100), ont ensuite été invités à juger son attrait physique après avoir reçu cette information cruciale sur sa fertilité. Les chercheurs ont également ajouté une condition de contrôle, dans laquelle aucune donnée n'était fournie sur la fertilité de la personne cible. L'idée était que, puisqu'il s'était manifestement inscrit pour donner son matériel génétique, les participants partiraient sans doute du principe qu'il était plutôt fertile.

Et les résultats se sont révélés des plus éloquents. Chez les hommes hétérosexuels, apprendre que l'homme photographié avait une faible ou une forte fertilité n'a produit aucun effet sur la perception de son attractivité physique. Chez les hommes homosexuels, en revanche, l'information relative à son aptitude génétique a fait mouche. Les participants gays exposés à la version « faible fertilité » ont jugé l'homme nettement moins attirant que ceux qui avaient été assignés au hasard aux conditions « forte fertilité » et « contrôle », dans lesquelles il était perçu comme aussi séduisant dans un cas que dans l'autre.

Autrement dit, la faible fertilité masculine semble fonctionner, chez les hommes homosexuels, comme une sorte de repoussoir – que nous en soyons conscients ou non. Les auteurs soulignent que les ressorts de ce phénomène restent à élucider. Ils avancent toutefois quelques pistes.

Peut-être la faible fertilité signale-t-elle avant tout une santé fragile ; dans ce cas, le surcroît d'attirance ou d'excitation sexuelle suscité par des partenaires fertiles tiendrait moins à l'attrait d'une promesse de progéniture qu'à un évitement plus net des partenaires potentiellement malades. Après tout, pour les hommes hétérosexuels, l'homme sur la photo n'est qu'un type parmi d'autres, affiché sur un écran. Pour les hommes homosexuels, en revanche, il pourrait, en principe, se retrouver à l'autre bout d'un contact physique très, très intime.

Immaculée conception anale

Cela dit, il serait prématuré d'écarter l'hypothèse de l'immaculée conception anale. « Il se peut également », raisonnent Rinn et ses collègues, « que les hommes homosexuels éprouvent une attirance inconsciente, probablement automatique, pour les indices de fertilité, même si – d'un point de vue biologique – il leur est impossible de se reproduire avec leur partenaire masculin respectif. » Nous voilà, enfin, prévenus.

Quoi qu'il en soit, les auteurs concluent que « les présents résultats apportent les premières preuves que, chez les hommes homosexuels, la fertilité est attirante quel que soit le sexe de la personne qui en est porteuse, même si, à première vue, cela ne sert à rien… Ce travail constitue une première étape féconde pour élargir les modèles évolutionnaires en y intégrant le cas, jusqu'ici souvent négligé, des personnes homosexuelles. »

Féconde, élargir… mais qu'est-ce qu'on se marre !