Claude Guéant a communiqué une seconde attestation à la cour d'appel de Paris qui juge Nicolas Sarkozy sur les accusations de financement libyen de sa campagne présidentielle en 2007, ont indiqué dimanche à l'AFP plusieurs parties au procès, confirmant une information de RTL et de Marianne. Ce second écrit de Claude Guéant, qui ne peut assister au procès pour raisons de santé, leur a été communiqué dimanche, ont précisé ces sources sous couvert d'anonymat.
Une première attestation avait acté la rupture
Une première attestation, lue à la cour le 14 avril, avait acté la rupture entre Nicolas Sarkozy et son ancien secrétaire général à l'Élysée, furieux que l'ancien chef de l'État mette en doute sa probité à la barre et laisse entendre que ses actes avaient pu être guidés par ses intérêts propres. « Je n'ai jamais fait que servir de mon mieux » Nicolas Sarkozy, « suivre ses instructions, et veiller à la mise en œuvre de sa politique », avait riposté Claude Guéant.
Un complément d'attestation
Son avocat Philippe Bouchez El Ghozi avait prévenu que « toute nouvelle mise en cause de Claude Guéant » ferait « l'objet d'un complément d'attestation ». Jugés en appel avec huit autres prévenus, Nicolas Sarkozy et Claude Guéant avaient écopé de cinq et six ans de prison ferme en première instance. Condamné pour association de malfaiteurs, Nicolas Sarkozy avait été reconnu coupable d'avoir laissé Claude Guéant, ainsi que Brice Hortefeux, négocier avec les autorités libyennes un financement politique occulte.
En échange, les Libyens étaient en quête de contreparties diplomatiques et commerciales, mais aussi d'un examen de la situation judiciaire d'Abdallah Senoussi, numéro deux du régime, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en France pour avoir commandité l'attentat contre le DC-10 d'UTA en 1989 (170 morts).
« Claude, voyez cela »
Les trois hommes réfutent ce scénario. Dans son attestation, Claude Guéant continue d'affirmer qu'une mesure de grâce ou d'amnistie était impossible et n'a jamais été envisagée, même s'il concède avoir « laissé les choses en suspens » auprès des autorités libyennes « pour ne pas être trop brutal » dans une relation diplomatique renaissante.
Mais il a raconté pour la première fois la fin d'un dîner officiel à Tripoli en juillet 2007 : Nicolas Sarkozy, fraîchement élu à la présidence, l'aurait mandé pour que Mouammar Kadhafi lui répète « la préoccupation qu'il venait de lui exprimer concernant Senoussi » et sa situation judiciaire. « Claude, voyez cela », aurait alors intimé le chef de l'État à son collaborateur.
Nicolas Sarkozy, qui a opposé à la barre le « démenti le plus formel » à ce récit, doit de nouveau être interrogé mercredi sur les affirmations de Claude Guéant. Sollicité par l'AFP, l'avocat de celui-ci, Philippe Bouchez El Ghozi, s'est refusé à tout commentaire, tout comme l'entourage de Nicolas Sarkozy.



