Le massif de Fontainebleau, joyau forestier de 22 000 hectares, est confronté à un défi majeur : l'accessibilité pour les secours en cas d'incendie. Selon une tribune publiée dans Libération, signée par plusieurs experts en sécurité civile et environnement, les voies d'accès insuffisantes et mal entretenues constituent un « talon d'Achille » qui pourrait avoir des conséquences dramatiques. Les auteurs soulignent que 90 % des départs de feu sont d'origine humaine, qu'ils soient accidentels ou criminels.
Un réseau de pistes inadapté
Le massif dispose de 1 200 kilomètres de pistes, mais seulement 300 sont carrossables pour les véhicules de secours. Beaucoup sont trop étroites, obstruées par la végétation ou dégradées par l'érosion. « Lors du dernier grand incendie en 2022, les camions de pompiers ont mis plus d'une heure à atteindre certains foyers », rapporte le colonel Jean-Marc B., ancien directeur du service départemental d'incendie et de secours de Seine-et-Marne. Ce délai est critique car un feu de forêt peut doubler de superficie toutes les 10 minutes dans des conditions de sécheresse et de vent.
Des conséquences humaines et écologiques
L'impact potentiel est double : d'une part, la sécurité des 15 millions de visiteurs annuels est en jeu ; d'autre part, la biodiversité unique du massif, qui abrite plus de 3 000 espèces de champignons et 7 000 espèces d'insectes, est menacée. « Un incendie majeur pourrait détruire des habitats irremplaçables », alerte Marie D., écologue à l'Office national des forêts (ONF). En 2020, un feu avait déjà parcouru 30 hectares, mais les pompiers avaient pu intervenir rapidement grâce à une piste récemment rénovée.
Des solutions urgentes à mettre en œuvre
Les signataires de la tribune appellent à un plan d'urgence comprenant l'élargissement des pistes principales, la création de points d'eau supplémentaires et le débroussaillage régulier. Le coût estimé est de 5 millions d'euros, une somme jugée modeste au regard des enjeux. « Il faut agir maintenant, pas après le prochain sinistre », insiste le maire de Fontainebleau, Frédéric N. Par ailleurs, la sensibilisation du public est cruciale : 80 % des incendies de forêt en France sont dus à des imprudences (mégots, barbecues, etc.).
Un problème national
Fontainebleau n'est pas un cas isolé. En France, 70 % des forêts sont mal desservies pour les secours. Le réchauffement climatique allonge la période à risque, qui s'étend désormais de mai à octobre. « Nous devons repenser l'aménagement forestier dans son ensemble », conclut l'ingénieur forestier Pierre L. La tribune espère interpeller les pouvoirs publics avant que le pire n'arrive.



