Quoi de mieux qu'un montage avant/après pour convaincre ? La méthode est utilisée depuis des décennies avec succès par le monde de la publicité pour vendre diverses crèmes ou pilules miracles. Et elle a été récupérée par la sphère climatosceptique, qui s'applique à nier ou minimiser l'ampleur du changement climatique.
Un montage trompeur refait surface
Dernier exemple en date, en pleine période de canicule précoce sur la France et une bonne partie de l'Europe, la publication d'un montage opposant deux cartes météo montrant le Royaume-Uni et l'Irlande. Ce montage compare deux versions supposées d'une même carte à un peu plus de trente ans d'écart.
À gauche, les deux pays sont en fond vert, le soleil brille partout et la température est annoncée à 28 °C. La légende indique que cette carte daterait de l'été 1995. À droite, les deux pays sont cette fois en rouge. La couleur tourne même vers le foncé dans le nord de l'Angleterre et au Pays de Galles. Pourtant, c'est bien la même température qui est annoncée, 28 °C. En légende, il est indiqué que cette carte daterait de l'été 2026.
Le message que ce post cherche à faire passer ? Les prévisions météo deviennent de plus en plus alarmistes pour effrayer les citoyens. Le message - et la technique - ne sont pas nouveaux : en 2019, en 2022 ou encore 2023, 20 Minutes avait déjà fact-checké des posts similaires utilisant des cartes d'autres pays.
Le Met Office clarifie son code couleur
Ce n'est pas la première fois que le Met Office, l'équivalent de Météo-France au Royaume-Uni, est accusé d'avoir délibérément modifié les couleurs de ses cartes. Sur son site, l'organisme britannique explique que son code couleur est « statique » : à chaque température correspond une couleur, qui est la même quelle que soit la ville ou la période de l'année à laquelle elle est utilisée.
« L'échelle couvre des températures allant de - 55 °C à + 55 °C et reste constante tout au long de l'année », ajoute le Met Office. Elle va du bleu foncé au rouge foncé. En février, les météorologistes britanniques ont légèrement modifié ces couleurs pour que celles-ci soient plus facilement lisibles par les personnes atteintes de daltonisme.
En France, Météo-France a fait un autre choix pour ses codes couleurs. Ceux-ci reflètent les écarts avec les températures moyennes de saison, comme 20 Minutes l'expliquait dans cet article.
Un photomontage qui circule depuis au moins 2024
Revenons à nos cartes du Royaume-Uni et de l'Irlande. Plusieurs éléments ne sont pas cohérents. La deuxième carte est intitulée « été 2026 », alors que nous ne sommes encore qu'au printemps. L'explication de ce décalage réside probablement dans le fait que ce photomontage circule depuis au moins 2024 sur Internet. L'internaute qui l'a récupéré a simplement changé l'année, passant de 2024 à 2026.
Contacté par 20 Minutes, un porte-parole du Met Office a noté d'autres imprécisions, telle que la température indiquée sur la carte : « La température a atteint 35,1 °C [lundi 26 mai], ce qui constitue, à titre provisoire, le record de chaleur au Royaume-Uni pour un mois de mai », développe-t-il.
De plus, sur la carte de droite, celle en rouge, figure la mention « heat health warning » [alerte sanitaire en raison de la chaleur]. Elle a probablement été ajoutée pour rendre la carte plus crédible. Pourtant, cette alerte, diffusée uniquement pour l'Angleterre, n'est pas destinée au grand public. Elle s'adresse aux gouvernements locaux, aux services sociaux et au monde de la santé pour alerter précocement sur les impacts possibles de la chaleur. Actuellement, elle n'est pas au niveau rouge, mais en jaune et en ambre.
Des canicules plus probables avec le changement climatique
Plusieurs records de chaleur pour le printemps ont été battus en ce mois de mai au Royaume-Uni. Les 35,1 °C enregistrés mardi dans les jardins botaniques de Kew, à l'ouest de Londres, ont effacé un record qui datait seulement de 24 heures. Lundi 26 mai, 34,8 °C avaient été enregistrés au même endroit. Le précédent record, à 32,8 °C, avait été atteint en 1922 et 1944. Au Pays de Galles, des températures exceptionnelles ont aussi été observées, avec 32,9 °C enregistrés mardi à Cardiff.
Le Met Office souligne que la probabilité d'atteindre ces températures est augmentée avec les émissions humaines de gaz à effet de serre. Une étude rédigée par des scientifiques de l'organisme « a montré que le record de 32,8 °C enregistré en mai [1944] a aujourd'hui environ trois fois plus de chances d'être battu dans le climat actuel qu'il n'en aurait eu dans un climat naturel non affecté par les émissions de gaz à effet de serre », développe le Met Office. Autrement dit, il va falloir s'habituer à sortir le ventilateur au printemps.



