Dans la forêt de Montmorency, située dans le Val-d'Oise, des chercheurs de l'Inrae ont prélevé un échantillon sur une racine de châtaignier le 6 juillet 2021. Cette opération visait à détecter la présence de la maladie de l'encre, causée par l'agent pathogène Phytophthora, qui affecte gravement ces arbres majestueux.
Un arbre emblématique en péril
Le châtaignier, souvent qualifié d'arbre iconique, incarne l'abondance et la mémoire collective. L'abbé J.-B. Bessou le décrivait en 1901 comme un géant dont les rameaux chargés de fruits s'étendent généreusement. Pourtant, cette image idyllique appartient à une autre époque. Aujourd'hui, le « arbre à pain » de nos ancêtres se révèle être un colosse aux pieds d'argile, confronté à des menaces croissantes depuis plus d'un siècle.
Des agresseurs minuscules aux conséquences dévastatrices
En Europe comme aux États-Unis, les châtaigniers subissent les assauts de maladies ravageuses : l'encre et le chancre. Ces pathologies sont provoquées par des agents pathogènes originaires d'Asie, introduits au tournant du XXe siècle. Elles attaquent l'écorce, dévorent les racines et provoquent la chute des feuilles, affaiblissant considérablement les arbres.
Le châtaignier d'Europe (Castanea sativa) et son cousin américain (Castanea dentata) sont particulièrement vulnérables. Aux États-Unis, le chancre a quasiment décimé les populations de châtaigniers, autrefois dominantes dans les forêts de l'Est. Pascal Frey, pathologiste forestier à l'Inrae et à l'université de Lorraine, explique cette vulnérabilité : « En Europe comme aux États-Unis, les châtaigniers n'ont pas coévolué avec ces agents pathogènes. Ils n'ont donc pas pu forger d'armes de défense, au contraire du châtaignier asiatique. »
La mobilisation scientifique pour une sauvegarde urgente
Face à cette situation alarmante, la communauté scientifique se mobilise pour protéger ces forces de la nature. Les recherches s'intensifient, comme en témoigne un article publié le 12 février dans la prestigieuse revue Science. Ces efforts visent à développer des stratégies de lutte et de conservation pour assurer la survie des châtaigniers, symboles de résilience et de biodiversité.
La préservation de ces arbres nécessite une approche multidisciplinaire, combinant pathologie forestière, génétique et écologie. Les enjeux sont majeurs, tant sur le plan environnemental que culturel, car le châtaignier reste profondément ancré dans notre patrimoine naturel et historique.



