Alors que les incendies continuent de ravager plusieurs régions françaises, notamment dans les Pyrénées-Orientales, la Drôme, l'Hérault et l'Indre, la flotte nationale de bombardiers d'eau est sous pression. Composée de 12 Canadair et 8 Dash, elle est complétée par trois Beechcraft de reconnaissance. Frédéric Harrault, lieutenant-colonel et porte-parole de la Sécurité civile, fait le point sur la gestion de ces moyens aériens.
Disponibilité opérationnelle des appareils
La disponibilité de la flotte n'est pas fixe dans le temps. « On ne peut pas parler d'une disponibilité de la flotte globale au sens où cela se joue vraiment à l'heure près », explique Harrault. Les machines ont un potentiel d'heures de vol mécanique et les pilotes un nombre de largages limité à 60 par jour. Ainsi, à 11 heures, les 12 Canadair peuvent être opérationnels, puis 10 à 13 heures, et 11 à 14 heures. En moyenne, la disponibilité est de l'ordre de 85 %, diminuant en fin de journée pour la maintenance nocturne et remontant au petit matin.
Évolution de la flotte face au changement climatique
Harrault juge la flotte « déjà conséquente », avec une diversité permettant d'affronter des massifs variés : les Canadair écopent et larguent 6 000 litres, tandis que les Dash peuvent larguer 10 000 litres d'eau ou 10 tonnes de retardant mais doivent se poser pour recharger. Deux autres Canadair sont attendus pour 2028 et deux supplémentaires pour 2030, en plus du rétrofit de la flotte existante. En attendant, la France loue des appareils complémentaires : des Air Tractor et des hélicoptères à eau (1 000 à 3 000 litres).
Gestion des feux multiples
Un guet aérien armé est mis en place chaque soir depuis 2022, effectuant un circuit selon la météo des forêts. Chargé en eau ou retardant, l'appareil (souvent un Dash) permet une détection précoce. « Traiter dans les huit premières minutes, on peut espérer qu'il ne dépasse pas l'hectare », précise Harrault. Si le feu prend de l'ampleur, une attaque massive au Canadair est lancée. Pour les feux durables, comme dans les Pyrénées-Orientales, des sautes de feu sont traitées localement avec un Air Tractor ou un hélicoptère.
Solidarité européenne et limites de la flotte
La France a sollicité l'aide européenne : des Air Tractor chypriotes et suédois ainsi que des hélicoptères lourds sont venus compléter le dispositif. Harrault souligne que ce ne sont pas les Canadair qui manquent, mais que la flotte est dimensionnée pour deux gros feux simultanés. « Avec une disponibilité de 85 %, on pourra traiter un gros feu, mais il va manquer 15 % au deuxième », explique-t-il. Le mécanisme européen RescUE permet de gérer les pics, mais un renforcement de la flotte est inévitable.
Adaptation aux nouvelles zones touchées
Les incendies ne se limitent plus au sud de la France. Des pélicandromes (bases de recharge) sont installés dans le nord du pays, et les zones d'écopage remontent jusqu'au nord de la Seine. « On a vu des feux en Bretagne et en Anjou, le nord de la France convient d'être étoffé », conclut Harrault.



