Biblis : la fusion relance la centrale nucléaire désaffectée
Biblis : la fusion pour renaître, un projet inédit

Dans l'ouest de l'Allemagne, la centrale nucléaire de Biblis, à l'arrêt depuis 2011, pourrait connaître une seconde vie grâce à la fusion nucléaire. Un consortium de start-up et de chercheurs a dévoilé un projet ambitieux : construire sur le site un réacteur à fusion expérimental, avec une mise en service espérée à l'horizon 2040. Si le projet aboutit, il transformerait ce symbole de l'énergie nucléaire allemande en un pôle d'innovation mondiale.

Un site à l'arrêt depuis Fukushima

La centrale de Biblis, située dans le Land de Hesse, a été mise à l'arrêt définitif en 2011, à la suite de la catastrophe de Fukushima. Ses deux réacteurs à eau pressurisée, d'une capacité totale de 2 500 mégawatts, ont été démantelés progressivement. Le site, qui emploie encore une centaine de personnes pour la surveillance et la maintenance, est devenu un symbole de la sortie du nucléaire décidée par Angela Merkel.

Mais depuis quelques mois, un vent nouveau souffle sur la région. Des start-up, comme Proxima Fusion et Marvel Fusion, ont jeté leur dévolu sur ce site pour y développer la fusion par confinement magnétique et inertiel. Selon le consortium, les infrastructures existantes, notamment les connexions au réseau électrique et les systèmes de refroidissement, pourraient être réutilisées pour accueillir un réacteur à fusion.

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Un projet porté par des start-up et des instituts de recherche

Le projet est porté par un consortium regroupant des entreprises privées, des instituts de recherche comme l'Institut Max Planck de physique des plasmas, et des universités régionales. Le coût estimé est de 10 milliards d'euros, financé par des fonds privés et des subventions publiques. Selon le porte-parole du consortium, Klaus von der Leyen, « il s'agit d'une opportunité unique de faire de Biblis un centre mondial de la fusion, tout en créant des milliers d'emplois qualifiés dans une région qui en a besoin ».

La fusion nucléaire, qui consiste à reproduire le processus qui alimente le Soleil, promet une énergie quasi illimitée, sans déchets radioactifs à longue durée de vie. Mais sa maîtrise reste un défi technologique majeur. Aucun réacteur à fusion n'a encore produit plus d'énergie qu'il n'en consomme, et les chercheurs estiment qu'il faudra encore plusieurs décennies pour y parvenir.

Un calendrier ambitieux

Le consortium prévoit de déposer les demandes d'autorisation en 2027, de commencer la construction du réacteur en 2030, et de réaliser les premiers essais en 2035. La mise en service commerciale est espérée pour 2040. Ce calendrier est jugé optimiste par de nombreux experts, qui rappellent que le projet ITER, en France, accumule les retards et les dépassements de coûts.

« La fusion est une technologie prometteuse, mais il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué », prévient Lutz Mez, professeur émérite à l'Université libre de Berlin. Selon lui, le principal défi est de maintenir le plasma à des températures de plusieurs millions de degrés, tout en le confinant de manière stable.

Un changement de politique énergétique en Allemagne

Ce projet intervient dans un contexte de remise en question de la sortie du nucléaire en Allemagne. Face à la crise énergétique et aux objectifs climatiques, certains responsables politiques, notamment au sein de la CDU, plaident pour une relance de l'atome. Le gouvernement fédéral, dirigé par le social-démocrate Olaf Scholz, reste toutefois attaché à la sortie du nucléaire, mais voit d'un bon œil les investissements dans la fusion, considérée comme une technologie d'avenir.

Le ministre de l'Économie et du Climat, Robert Habeck, a déclaré : « La fusion est une technologie clé pour un approvisionnement énergétique durable. Nous soutenons la recherche, mais nous devons rester réalistes sur les délais. » Le gouvernement fédéral a déjà alloué 1,5 milliard d'euros à la recherche sur la fusion dans son plan de relance.

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Un impact local et économique

Pour la région de Biblis, ce projet représente un espoir de revitalisation économique. La centrale employait plus de 1 000 personnes à son apogée, et sa fermeture a laissé un vide. Le consortium promet la création de 3 000 emplois directs et indirects, ainsi que la formation de jeunes ingénieurs dans des filières spécialisées.

Les habitants sont partagés. Certains voient d'un bon œil ce projet innovant, tandis que d'autres restent méfiants, notamment en raison des risques potentiels liés à la fusion. « Nous avons déjà vécu une catastrophe nucléaire, nous ne voulons pas en revivre une », témoigne un riverain. Les associations antinucléaires, comme Robin Wood, réclament une évaluation indépendante des risques.

Une concurrence internationale

La course à la fusion s'intensifie au niveau mondial. Les États-Unis, la Chine, le Royaume-Uni et la France investissent massivement dans cette technologie. Plusieurs projets privés, comme ceux de Commonwealth Fusion Systems ou de Tokamak Energy, avancent rapidement. L'Allemagne, avec ce projet à Biblis, espère se positionner comme un acteur majeur de la fusion.

« L'Allemagne a une longue tradition de recherche en physique des plasmas. Ce projet pourrait lui permettre de jouer un rôle de premier plan dans la prochaine révolution énergétique », estime le professeur Mez. Toutefois, prévient-il, « la concurrence est rude, et les ressources financières sont limitées ».

En attendant, le site de Biblis reste un lieu de mémoire de l'énergie nucléaire allemande. Un musée y est en projet, retraçant l'histoire de la centrale et les débats sur l'atome. Le consortium espère que la fusion y écrira une nouvelle page, tournée vers l'avenir.