Greenland Energy ne forera pas cet automne dans la région de Jameson Land, sur la côte est du Groenland. Le gouvernement groenlandais a signifié à la société que les évaluations environnementales et sociales ne pourront pas être réalisées à temps, pas plus que les autorisations nécessaires. Au plus tôt, les premiers travaux pourraient commencer à l'hiver 2027, soit un report de plus de deux ans par rapport au calendrier initial.
Un calendrier trop optimiste
La société avait prévu de débuter ses forages dès cet automne, mais l'acheminement en juillet de matériel de forage sans autorisation a déclenché un rappel à l'ordre. Les autorités locales ont adressé un « avertissement ferme » à Greenland Energy. Mute B. Egede, ancien Premier ministre devenu ministre des Affaires étrangères et des Ressources naturelles, a estimé publiquement qu'un forage cet automne n'était « pas réaliste ».
Le projet se heurte à des contraintes environnementales importantes. La zone de Jameson Land est une zone humide protégée, fréquentée par des oiseaux rares et des bovins musqués dont dépendent des chasseurs locaux. Le Groenland a cessé d'accorder de nouvelles licences pétrolières et gazières en 2021, invoquant la crise climatique. Le projet actuel bénéficie toutefois d'un héritage administratif : le partenaire britannique 80 Mile détient des licences accordées avant ce changement de politique, et Greenland Energy s'est associé à sa filiale White Flame Energy pour explorer la zone.
Des ambitions chiffrées
Les responsables de Greenland Energy assurent que Jameson Land pourrait abriter jusqu'à 1 000 milliards de dollars de pétrole brut. La société, créée récemment, prévoit jusqu'à 60 millions de dollars d'investissements pour vérifier l'hypothèse. Elle avait même envisagé l'arrivée de quelque 300 conteneurs de matériel avant un premier forage à l'automne. Le projet a depuis été réduit : un puits plutôt que deux, avec l'espoir affiché de faciliter l'obtention des autorisations.
Le report a eu un impact immédiat sur le cours de l'action : le titre Greenland Energy a chuté de plus d'un tiers après l'annonce. Les investisseurs qui espéraient un « Trump pump », une marque d'intérêt présidentielle susceptible d'envoler la valeur du projet, ont été déçus.
La politique américaine en toile de fond
Le contexte politique n'est pas neutre. Donald Trump a plusieurs fois affirmé vouloir placer le territoire autonome danois sous contrôle des États-Unis. Son envoyé spécial pour l'île, Jeff Landry, gouverneur républicain de Louisiane, assume pour objectif de « faire du Groenland une partie des États-Unis ». En mai, il annonçait que les barils groenlandais pourraient entrer en production « d'ici dix mois environ ».
Greenland Energy assure que son projet ne présente aucun rapport avec les ambitions territoriales américaines. Formellement, rien dans les documents disponibles ne permet de confondre les deux. La société possède néanmoins un carnet d'adresses qui rend la précision utile : Phil McGraw, l'animateur américain connu sous le nom de « Dr Phil », a conclu un accord pour documenter l'aventure de ces « prospecteurs modernes » dans une série destinée à la télévision et aux réseaux sociaux. Il a également siégé à la commission présidentielle sur la liberté religieuse et apparaissait récemment dans le Bureau ovale aux côtés de Donald Trump.
La population locale, elle, a déjà tranché : en juillet, près d'un tiers des 325 habitants de la ville ont manifesté contre le projet. Quelques jours plus tard, Donald Trump publiait sur Truth Social un photomontage de son visage au-dessus d'un village groenlandais, avec un très sobre « Hello, Greenland ! ».
La société promet désormais de revoir sa copie et de renouer avec les autorités. Le pétrole peut attendre 2027 ; la question, elle, reste immédiate : au Groenland, Washington peut vouloir, les entreprises peuvent forer sur le papier, mais Jameson Land garde encore le stylo qui signe les autorisations.



