TotalEnergies a officiellement lancé, jeudi 12 août, son unité de recyclage chimique du plastique sur l'ancienne raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne. Ce projet, d'un montant de 250 millions d'euros, vise à transformer 15 000 tonnes de déchets plastiques par an en une huile de pyrolyse, destinée à fabriquer de nouveaux plastiques. L'entreprise présente cette technologie comme une solution à la pollution plastique, mais elle suscite de vives critiques de la part d'ONG environnementales, qui la jugent coûteuse, énergivore et peu efficace.
Un pari industriel sur un procédé contesté
Le recyclage chimique, également appelé recyclage moléculaire, consiste à chauffer des déchets plastiques en l'absence d'oxygène pour les décomposer en une huile synthétique, la pyrolyse. Cette huile peut ensuite être réutilisée comme matière première dans les pétrochimies pour produire de nouveaux plastiques. TotalEnergies affirme que ce procédé permet de recycler des plastiques non recyclables mécaniquement, comme les emballages multicouches ou souillés.
L'unité de Grandpuits, construite en deux ans, emploie 30 salariés et a une capacité de traitement de 15 000 tonnes par an. Selon l'entreprise, cela représente l'équivalent de la consommation annuelle de 200 000 habitants. Le site accueille également une unité de production de bioplastiques et un démonstrateur de production d'énergie solaire, dans le cadre de la reconversion du site.
Les ONG dénoncent une fausse solution
Plusieurs ONG, dont Greenpeace et Zero Waste France, contestent ce pari. Elles soulignent que le recyclage chimique est un procédé très énergivore et qu'il génère des émissions de CO2. Selon une étude de l'Institut de l'économie circulaire, citée par les ONG, le recyclage chimique coûte 1 000 euros par tonne traitée, contre 200 euros pour le recyclage mécanique. De plus, le rendement est faible : seulement 40 % des déchets plastiques sont convertis en huile, le reste étant perdu sous forme de gaz ou de résidus.
Les ONG pointent également un risque de greenwashing. « C'est une opération de communication qui permet à TotalEnergies de continuer à produire du plastique vierge tout en se présentant comme un acteur de l'économie circulaire », affirme Sarah, chargée de campagne chez Zero Waste France. Elles demandent l'interdiction du recyclage chimique et un engagement fort en faveur de la réduction de la production de plastique.
Un avenir incertain pour le site
TotalEnergies espère que cette unité sera rentable à partir de 2028, notamment grâce à des contrats d'approvisionnement en déchets plastiques signés avec des collectivités locales et des entreprises. L'entreprise prévoit également d'exporter une partie de l'huile de pyrolyse vers ses raffineries en Europe pour y être transformée.
Cependant, le modèle économique repose sur des subventions publiques et sur la hausse du prix du CO2. Sans ces aides, le projet pourrait être déficitaire. Le site de Grandpuits, qui employait 400 salariés lors de sa fermeture en 2021, n'en compte plus que 150 aujourd'hui, répartis entre les différentes activités. La reconversion complète du site est prévue pour 2025, avec l'arrêt définitif des activités de raffinage.



