Décarbonation des mobilités en région Sud : l'autoroute évolue
Mobilités en région Sud : l'autoroute se transforme

En région Sud, la transformation des mobilités est déjà engagée, portée par l'essor des véhicules électriques et le développement de solutions collectives sur autoroute. Blaise Rapior, directeur général adjoint de VINCI Autoroutes et directeur général du réseau Escota, détaille les évolutions en cours : multiplication des bornes de recharge, voies réservées aux bus, pôles d'échanges multimodaux et expérimentations innovantes.

Une électrification progressive du parc automobile

L'utilisation des voitures électriques se développe réellement, même si cette évolution s'opère progressivement. Au premier semestre 2026, la voiture électrique représentait 6,8 % du parc circulant sur autoroute en région Sud, contre 4,7 % un an auparavant. Cette progression illustre une véritable transformation des habitudes de déplacement, que VINCI Autoroutes accompagne en adaptant ses infrastructures.

VINCI Autoroutes a équipé l'ensemble de ses aires de services de bornes de recharge et commencé à en installer sur certaines aires de repos. Sur le réseau Escota, les 23 aires de services comptent aujourd'hui 258 bornes destinées aux véhicules légers. L'objectif est de porter ce nombre à 499 en 2030, puis à 941 en 2035. À Vidauban Sud, sur l'A8, le nombre de bornes devrait passer de 17 actuellement à 69 en 2035, avec une place de stationnement sur deux équipée d'un point de recharge à cette échéance.

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Relever les défis techniques et logistiques

Changer d'échelle ne consiste pas simplement à multiplier le nombre de bornes. Il faut également les raccorder au réseau électrique et disposer des puissances suffisantes. Or, les aires autoroutières sont souvent implantées dans des zones qui n'avaient pas été conçues pour accueillir de tels besoins énergétiques. C'est pourquoi VINCI Autoroutes travaille aux côtés des gestionnaires de réseaux électriques, des opérateurs de recharge et de l'État.

Un schéma directeur élaboré sous l'égide de l'État permet désormais de planifier, aire par aire, le nombre de points de recharge et les puissances nécessaires aux horizons 2030 et 2035. Il s'agit d'anticiper dès aujourd'hui l'augmentation du nombre de véhicules électriques en circulation.

Pour faciliter les longs trajets, la signalétique, l'information en temps réel et l'accompagnement des usagers doivent évoluer au même rythme que les infrastructures. Durant l'été, les « gilets bleus » accompagnent ainsi des automobilistes qui effectuent parfois leur premier long trajet en voiture électrique. Avec quinze ou vingt bornes regroupées au même endroit, le conducteur peut encore identifier facilement celles qui sont disponibles. Mais demain, lorsque certaines aires en compteront cinquante, soixante ou davantage, il faudra pouvoir orienter les automobilistes vers une borne libre, organiser les circulations et gérer l'attente en période de forte affluence sans perturber les autres flux.

Compléter l'électrique par des solutions collectives

L'électrification constitue un levier essentiel de la décarbonation, mais elle ne résout pas la question de la congestion. Même si toutes les voitures devenaient électriques, un véhicule occupé par une seule personne continuerait à prendre autant de place sur la route. « Même le jour où nous serons tous en véhicules électriques, les mobilités partagées resteront indispensables pour lutter contre la congestion », souligne Blaise Rapior. Cette problématique est particulièrement importante en région Sud, où la géographie contraint les grandes agglomérations et où l'autoroute joue un rôle majeur dans les déplacements quotidiens.

Parallèlement au développement de la recharge électrique, VINCI Autoroutes favorise donc le covoiturage, permet aux transports en commun d'emprunter l'autoroute et crée des connexions efficaces entre la voiture, le bus et le train. L'A57 à Toulon constitue un exemple abouti de cette nouvelle mobilité collective. Cet axe majeur de l'agglomération toulonnaise accueille environ 110 000 véhicules chaque jour. Entre 2021 et 2025, sept kilomètres ont été élargis à trois voies dans chaque sens, mais le projet ne s'est pas limité à augmenter la capacité routière.

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Des voies réservées aux transports en commun ainsi que deux arrêts de bus ont été aménagés directement sur l'autoroute, à Sainte-Musse. Ils sont connectés au pôle d'échanges, à la halte ferroviaire et au réseau de bus pour faciliter le passage d'un mode de transport à un autre. Les usages dépassent aujourd'hui les prévisions : la fréquentation était estimée à environ 500 voyageurs par jour, mais les arrêts en accueillent désormais plus de 700 quotidiennement. Selon le Traffic Index de TomTom, Toulon figurait également en 2025 parmi les rares grandes villes françaises dans lesquelles la congestion avait reculé, alors qu'elle progressait dans la majorité des villes étudiées.

Des solutions adaptées à chaque territoire

Ce modèle peut être reproduit ailleurs en région Sud, mais pas nécessairement à l'identique. Toulon fonctionne comme un couloir entre la mer et la montagne, tandis que Nice, Cannes et Marseille présentent d'autres configurations. Les solutions doivent être adaptées aux flux de circulation, au foncier disponible et aux réseaux de transport existants dans chaque territoire.

Dans les Alpes-Maritimes, VINCI Autoroutes travaille notamment autour des deux aires de services de Mougins, reliées par une passerelle piétonne. L'idée serait de créer un parking accessible depuis l'extérieur ainsi que des arrêts de cars sur l'autoroute. Un automobiliste pourrait ainsi laisser sa voiture, puis poursuivre son trajet vers Cannes ou Nice en transport collectif. Une voie dédiée aux bus est également à l'étude entre Villeneuve-Loubet et Antibes. À La Garde, à l'est de Toulon, un autre pôle d'échanges multimodal est envisagé afin de permettre aux automobilistes de rejoindre les transports collectifs avant d'entrer dans l'agglomération.

Cette transformation ne peut réussir sans une mobilisation collective. « Une infrastructure ne peut pas fonctionner seule », insiste Blaise Rapior. La réussite des aménagements de l'A57 repose notamment sur une dynamique collective très vertueuse entre VINCI Autoroutes, la Métropole et les opérateurs de transport. Créer un arrêt de bus sur une autoroute n'a de sens que s'il est desservi, connecté aux autres réseaux et intégré dans un parcours cohérent.

Cette transformation concerne également le transport de marchandises. En région Sud, le schéma directeur élaboré sous l'égide de l'État prévoit une trentaine de points de recharge destinés aux poids lourds électriques en 2030, puis 350 en 2035. VINCI Autoroutes expérimente aussi, sur l'A10, un système de recharge dynamique par induction permettant à un véhicule de recevoir de l'électricité en roulant. La technologie fonctionne, mais il faut encore étudier sa pertinence économique et avancer à l'échelle européenne vers des standards communs. Aucun acteur ne pourra construire seul la mobilité de demain : c'est en conjuguant les expertises et les solutions que les trajets pourront devenir à la fois plus propres, plus fluides et davantage collectifs.