Selon une légende rapportée par Michel Bonnaventure dans son ouvrage Contes et légendes de l'étang de Thau, l'étang de Thau et la mer Méditerranée doivent leur existence aux larmes d'Agathé, fille de Poséidon, frappée en plein cœur par un éclair de Zeus. Ce mythe grec, qui mêle dieux de l'Olympe et géographie locale, est au cœur d'une série estivale de Midi Libre consacrée aux légendes du bassin de Thau.
Une histoire digne de l'Iliade
Homère aurait pu conter cette épopée, mais c'est Michel Bonnaventure qui a rassemblé trois éléments mythologiques du territoire : l'origine grecque d'Agde, le rôle de Poséidon, et la légende de la baleine à l'origine de Sète, sans oublier la colère de Zeus pour expliquer la naissance du mont Saint-Loup, volcan aujourd'hui endormi qui surplombe Agde.
Agathé, l'une des nombreuses filles de Poséidon, se distinguait par sa beauté singulière : elle avait les yeux vairons, l'un émeraude, l'autre turquoise. Cette particularité lui valait d'être convoitée par tous les hommes, y compris par Apollon, le dieu de la beauté. Mais Agathé repoussait tous ses prétendants, et surtout, elle osait se refuser à Zeus lui-même, le roi des dieux.
La colère de Zeus et la naissance du mont Saint-Loup
Éperdument amoureux, Zeus ne supporta pas ce refus. Un jour, dans un accès de colère et de désespoir, il lança un éclair de feu sur la jeune fille, la frappant en plein cœur. De sa blessure jaillit un torrent de sang noir qui forma le mont Saint-Loup, comme l'écrit l'auteur : « De sa blessure jaillit un torrent de sang noir haut comme une montagne : le mont Saint-Loup ! »
Dans ses derniers instants, Agathé versa deux larmes : la plus grosse donna naissance à la Méditerranée, la plus petite à l'étang de Thau. Depuis, selon la légende, les couleurs émeraude et turquoise de la mer et de l'étang rappellent les yeux de la jeune fille.
La malaïgue, un phénomène bien réel
Si ce conte reste un conte, il se rapproche de la réalité sur un point : les couleurs de la lagune. Quand la malaïgue frappe l'étang de Thau, les eaux prennent en effet une teinte vert émeraude spectaculaire. Ce phénomène est provoqué par une baisse drastique de l'oxygène dans l'eau, due aux fortes chaleurs et à la dégradation des algues, entraînant la prolifération de bactéries.
« C'est joli pour la photo, mais c'est Armageddon dessous, car tout meurt à cause de cette privation d'oxygène », explique-t-on du côté de Sète agglopôle. Heureusement, malgré les conditions climatiques ardentes de cet été, la lagune a pour l'heure échappé à ce fléau.
Un patrimoine immatériel à préserver
Cette légende, transmise par la tradition orale, fait partie du patrimoine culturel du bassin de Thau. Elle illustre la richesse des mythes qui entourent ce territoire, entre mer et lagune, et rappelle l'importance de préserver ces récits qui façonnent l'identité locale. L'ouvrage de Michel Bonnaventure, publié aux éditions Espace Sud, contribue à la transmission de ces histoires aux générations futures.



