Un architecte au service de l'économie circulaire
Yann Ninot, architecte basé à Lyon, consacre sa carrière à une cause encore peu répandue dans le secteur du bâtiment : le réemploi des matériaux de construction. Selon lui, les déchets de chantier doivent être valorisés, conservés et réhabilités au lieu de recourir à de nouvelles matières premières. Cette approche, bien que vertueuse sur le plan environnemental, reste marginale en France, où seulement 1 % des déchets de chantier sont réemployés, d'après une étude de l'Ademe (Agence de la transition écologique).
Une pratique face à de nombreux obstacles
Ninot déplore le manque de filières structurées pour le réemploi. Il explique : "Aujourd'hui, il est plus simple de tout jeter à la benne et d'acheter du neuf que de trier et de réutiliser." Les obstacles sont multiples : normes de sécurité, assurances, délais de chantier, et absence de labels. Pourtant, des initiatives émergent, comme la plateforme Cycle-Up, qui met en relation professionnels et particuliers pour donner une seconde vie aux matériaux.
Des projets concrets de réemploi
Ninot a déjà réalisé plusieurs projets intégrant du réemploi. Il cite notamment la rénovation d'une école à Villeurbanne, où des poutres en bois d'une ancienne grange ont été réutilisées pour la charpente. "Nous avons économisé 30 % du budget matériaux et évité 12 tonnes de déchets," précise-t-il. Un autre exemple : la construction d'un immeuble de bureaux à Lyon, où les briques d'une démolition ont servi de remplissage pour les murs.
Un changement de mentalité nécessaire
Pour que le réemploi devienne la norme, Ninot estime qu'il faut un changement de mentalité chez les maîtres d'ouvrage et les architectes. "Il faut intégrer le réemploi dès la conception du projet, pas après," insiste-t-il. Il appelle également à une évolution réglementaire, avec des incitations fiscales et des obligations de réemploi dans les marchés publics. Selon lui, le secteur du bâtiment représente 40 % des déchets en France, et le réemploi pourrait réduire significativement cet impact.
Vers une généralisation du réemploi ?
Malgré les difficultés, Ninot reste optimiste. Il observe un intérêt croissant des jeunes architectes et des collectivités. "Le réemploi n'est plus une utopie, c'est une nécessité économique et écologique," conclut-il. Des formations se développent, et des labels comme "Bâtiment durable" intègrent désormais des critères de réemploi. Pour Ninot, l'avenir de l'architecture passe par une gestion circulaire des ressources.



