La saison estivale rime de plus en plus avec calvaire dans le centre-ville de Saint-Laurent-du-Var. Selon la consultation citoyenne lancée par Nice-Matin et regroupant près de 100 participations, l’inconfort lié à la chaleur atteint des sommets : 2 répondants sur 3 évaluent cet inconfort à plus de 8 sur une échelle de 10. Conséquence directe sur l’économie et la vie locale : la chaleur dissuade systématiquement 40 % des passants de fréquenter les commerces ou se promener en journée et ils sont 43 % à éviter le centre lors des pics de canicule.
La mairie accusée de ne pas anticiper
« Pour commencer, arrêter de construire des immeubles partout où il y a le moindre mètre carré », lâche Vincent. Ce sentiment d’étouffement est largement partagé. Face à l’urgence climatique, près de la moitié des répondants estiment que la mairie n’anticipe « pas du tout » et dénoncent une politique du « tout béton ». Si l’avenue du Général-Leclerc est pointée du doigt pour son manque d’ombre, c’est le nouveau square Bènes qui cristallise les tensions. Sophie, une habitante, ne mâche pas ses mots : « Le nouveau square Bènes est l’exemple parfait d’une absence de prise en compte des îlots de chaleur urbains. La place est orientée plein sud et minérale. » Même indignation chez Andréa, une autre habitante : « L’immeuble empêche l’air de passer. On nous avait annoncé de la végétation, on s’attendait à voir des arbres qui sont censés faire de l’ombre. On se moque de qui ? » Fabrice, Laurentin, insiste sur la nécessité d’agir en amont des projets urbanistiques : « Prévoir les zones vertes dès le début des constructions, pas en réaction. »
Les solutions naturelles plébiscitées
Face à cette fournaise, quelles sont les attentes ? Les solutions artificielles peinent à convaincre. Pour près de la moitié des sondés, l’installation de brumisateurs ou de jeux d’eau en ville n’est pas prioritaire et s’apparente à un gaspillage d’eau. La pose de voiles d’ombrage au-dessus des rues commerçantes divise également : près d’un sur deux s’y oppose, préférant de loin l’ombre naturelle. La priorité absolue de la commune devrait être de « planter des arbres d’alignement pour créer de l’ombre sur les trottoirs » selon deux citoyens sur trois, suivie par le remplacement du goudron par de la terre ou de la pelouse là où c’est possible. Concernant les prochains travaux de voirie, la moitié des répondants souhaite des revêtements perméables qui laissent passer l’eau, et la même proportion réclame des pavés ou bétons très clairs qui renvoient moins la chaleur.
Des sacrifices acceptés pour plus de verdure
Mais planter des arbres nécessite de la place. Les Laurentins sont-ils prêts à des sacrifices ? La réponse est oui pour trois personnes sur quatre : la moitié accepterait la suppression de places de stationnement en surface dans l’hypercentre pour planter davantage d’arbres, et 1/4 y serait favorable si des parkings en périphérie avec navettes étaient créés. La place de la voiture divise cependant encore la population. Si une personne sur trois souhaite restreindre davantage la circulation en créant des rues piétonnes, la moitié estime qu’il est toujours indispensable de circuler en voiture l’été. Enfin, l’adaptation pourrait passer par un changement de nos rythmes de vie. Plus du tiers des répondants participeraient « très certainement » à des événements nocturnes estivaux pour profiter de la fraîcheur. Jean-Pierre, retraité venant pour des démarches administratives, va plus loin : « Si on a une température au-dessus de 35 degrés, je demanderai que des horaires de travail soient revus comme en Espagne ou en Italie avec du repos aux heures chaudes. »
La balle dans le camp de la municipalité
La balle est désormais dans le camp de la municipalité. Nice-Matin a sollicité la Ville à plusieurs reprises, sans réponse à ce jour. Qui a répondu à notre enquête ? Pour mieux comprendre le ressenti des habitants face aux îlots de chaleur urbains, un questionnaire intitulé « Vague de chaleur : trop chaud en centre-ville » a été soumis aux habitants. Au total, 96 personnes ont détaillé leurs habitudes, leurs souffrances estivales et leurs propositions. La grande majorité d’entre eux arpente le centre-ville très régulièrement : 44 % s’y rendent tous les jours et 31 % y passent plusieurs fois par semaine. Pour quelles raisons s’y trouvent-ils ? Près de six sondés sur dix y résident. Vient ensuite la fréquentation des commerces de proximité et du marché. Puis les démarches administratives et les loisirs (terrasses, restaurants). La tranche des 50-64 ans est de loin la plus représentée, regroupant 44 % des participants. Elle est suivie par les 35-49 ans (29 %) et par les personnes de 65 ans et plus (22 %). Les moins de 35 ans représentent à peine 5 % des réponses à cette consultation.



