Le navigateur Roland Jourdain, actuellement en expédition scientifique au large de Toulon à bord du voilier laboratoire We-Explore, préconise une réduction de la vitesse des gros navires à 10 nœuds (18,5 km/h) pour protéger les cachalots en Méditerranée. Cette proposition fait suite à la découverte, le 10 juillet 2026, de la carcasse d'un cachalot mort à 20 milles nautiques (37 km) des côtes varoises, victime d'une collision avec un navire. L'animal présentait une hémorragie interne, signe d'un choc violent. Cette découverte a interpellé jusqu'à la ministre de la Mer, Catherine Chabaud, qui s'est rendue à bord du We-Explore les 16 et 17 juillet.
Une expédition pour étudier et protéger les cachalots
L'expédition WhaleWay7, menée par le fonds de dotation Explore (fondé par Roland Jourdain et son épouse Sophie Vercelletto) et l'association Longitude 181 (créée par les océanographes Véronique et François Sarano), vise à étudier les cachalots de Méditerranée et à favoriser leur protection. Les scientifiques utilisent des hydrophones pour écouter les cétacés et les observer dans leur habitat, une bande de 1 500 mètres de fond au large des côtes varoises. Selon Roland Jourdain, « les résultats pourraient directement conduire à limiter la vitesse des navires dans les eaux territoriales du sanctuaire Pelagos », en accord avec les accords de Nice adoptés en juin 2025 lors de la Conférence des Nations Unies sur l'Océan (UNOC).
La collision, première cause de mortalité des cachalots
Roland Jourdain rappelle que « la collision avec un navire est la première cause de mortalité des cachalots ». Il précise que les équipages des gros bateaux ne se rendent pas toujours compte de l'impact. Actuellement, un ferry pour la Corse navigue entre 16 et 20 nœuds, et un gros yacht peut atteindre 35 nœuds. L'association Longitude 181, qui étudie les cétacés depuis treize ans, ajoute que « les cétacés ont très peu de chance d'éviter les bateaux qui foncent sur eux à plus de 10 nœuds. Au-delà de 15 nœuds, la collision leur est fatale dans 80 % des cas ».
Les cachalots vulnérables en surface
Les cachalots, bien qu'étant les meilleurs apnéistes du monde, doivent remonter en surface pour respirer pendant une dizaine de minutes. Ils se nourrissent de calmars entre 1 000 et 1 500 mètres de fond, et cette profondeur se trouve très près des côtes du Var et des Alpes-Maritimes, dans le sanctuaire Pelagos. « Ils sont fatigués, pas forcément sensibles au bruit d'un bateau qui arrive vite et n'arrivent pas à se dégager à temps », explique Roland Jourdain.
Un appel au bon sens et à la décarbonation
Le navigateur en appelle au bon sens de tous les acteurs du nautisme : « On parle beaucoup de décarbonation et du “faire autrement”. Il me semble que réduire la vitesse des gros bateaux peut sauver des cachalots tout en économisant du carburant. Si une telle mesure pouvait être prise ici dans cette région, ce serait novateur ». La ministre Catherine Chabaud, ancienne navigatrice, s'est dite favorable à une réduction de vitesse, mais avec de la concertation.



