Le maire de Rochegude, Patrick Dumas, a pris un arrêté temporaire limitant la prospection aurifère sur la Cèze, confrontée à une multiplication des chercheurs d'or. La décision vise à protéger la rivière en fort étiage et à endiguer les dérives constatées sur le terrain.
Un afflux inédit de chercheurs d'or
Depuis le printemps, les berges de la Cèze à Rochegude voient défiler un nombre inédit de chercheurs d'or. Là où la commune observait habituellement quatre ou cinq personnes en pleine saison, une dizaine peut désormais être présente chaque jour, parfois équipée de matériel semi-professionnel comme des rampes de lavage. Cette augmentation est attribuée à un reportage télévisé diffusé au printemps sur les rivières aurifères françaises, qui mentionnait la Cèze.
Une rivière fragilisée par la sécheresse
La Cèze traverse une période particulièrement délicate. "On a quatre fois moins de débit à cette période que l'année passée", explique Patrick Dumas. Les fortes chaleurs et le manque de pluie ont réduit son débit sur le secteur Rochegude – Tharaux, fragilisant les écosystèmes aquatiques. Les excavations réalisées par les orpailleurs équipés de rampes de lavage perturbent les habitats naturels : les sédiments restent en suspension plus longtemps, augmentant la turbidité, ce qui est néfaste pour la flore et la faune.
Incivilités et mécontentement des habitants
La municipalité a dû faire face à une multiplication des incivilités : stationnements désordonnés, traversées de propriétés privées, passages dans des parcelles cultivées, dégradations de chemins. "Mes administrés sont venus me voir en me disant : 'Mais c'est n'importe quoi, qu'est-ce que c'est que cette année ?'", rapporte le maire. "Entre l'augmentation de la fréquentation et la protection de la faune et de la flore, j'ai pris cet arrêté pour limiter."
Un arrêté nuancé qui préserve les animations encadrées
L'arrêté ne vise pas à interdire totalement l'orpaillage. Les animations encadrées par des associations agréées restent autorisées. "Ce n'est pas d'interdire pour interdire. Le but, c'est quand même d'essayer de limiter le nombre de personnes dans la rivière qui cherchent de l'or en cette période de fort étiage", précise Patrick Dumas. Cette distinction est saluée par Xavier, de l'association Gold Rangers, qui avait lui-même alerté sur les dérives. "Je l'ai félicité, parce que sinon, ça devenait du n'importe quoi", confie-t-il.
Les "Gold Rangers" plaident pour un meilleur encadrement
Selon Xavier, le problème ne vient pas de la batée traditionnelle, mais des rampes de lavage utilisées pour traiter de grandes quantités de matériaux. "Le but de récolter l'or, ce n'est pas forcément la quantité. Le but, c'est déjà d'en trouver." Il plaide pour une formation préalable avant toute prospection, afin de préserver un loisir de découverte. "On ne trouve pas de pépites, on trouve de petites paillettes", sourit Patrick Dumas. "C'est une activité touristique… On ne vient pas faire de l'industriel à Rochegude."
Une mesure temporaire en attendant la remontée des eaux
L'arrêté restera en vigueur jusqu'à ce que la rivière retrouve un débit plus généreux. En attendant, la chasse aux paillettes devra se pratiquer avec mesure. Cette décision illustre la difficulté de concilier une activité touristique en plein essor avec la protection d'un milieu naturel déjà fragilisé par la sécheresse.



