Populisme : la France à un tournant selon le baromètre Ipsos-BVA
Populisme : la France à un tournant selon Ipsos-BVA

À huit mois de l'élection présidentielle, la France traverse « son moment populiste », selon une étude Ipsos-BVA présentée à l'université d'été du Laboratoire de la République de Jean-Michel Blanquer. Les résultats de ce baromètre, rapportés par nos confrères, témoignent d'une progression fulgurante de ce phénomène, défini par le politologue Marc Lazar comme « l'opposition terme à terme entre le peuple bon et vertueux et les élites corrompues ».

Un terreau fertile pour les candidats populistes

Les chiffres sont sans appel : 85 % des Français estiment que le pays est en déclin et rejettent la faute sur les mauvaises décisions prises au cours des quarante dernières années par leurs dirigeants. « Lorsqu'on atteint un tel niveau de colère, tous les ingrédients sont réunis pour une bascule populiste », résume Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos-BVA France. Cette situation rappelle celle du Royaume-Uni lors du référendum sur le Brexit ou des États-Unis lors de la première élection de Donald Trump, il y a dix ans.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon recueillent à eux deux la moitié des intentions de vote. La première promet des solutions, se vantant le 7 juillet au 20 Heures de TF1 : « Nous avons les solutions », avant de conclure : « Les Français seront juges, parce qu'ils vont avoir la liberté de choisir. » Le leader des insoumis, lui, promet de faire table rase : « C'est nous, les gens sérieux et responsables. C'est eux, la ruine et la pagaille », a-t-il tranché en août.

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Des promesses intenables mais saturant l'espace médiatique

Les promesses pleuvent, qu'elles soient intenables ou non : le Rassemblement national propose l'interdiction du port du voile islamique en public, tandis que La France insoumise promet l'annulation de la dette publique. Ces annonces saturent l'espace médiatique et trouvent un écho croissant auprès de Français de plus en plus nombreux à réclamer une rupture dans la gouvernance du pays.

Cette vague populiste ne concerne plus uniquement les électorats à la périphérie du spectre politique. Elle se propage désormais dans l'ensemble du corps électoral, aiguisant la polarisation et une demande importante de changement. La France, qui s'est longtemps crue épargnée, découvre avec sidération l'ampleur du climat de défiance et d'insatisfaction qui règne dans le pays, sur fond d'échec économique et de paralysie politique.

Quelle issue pour les candidats modérés ?

Les dés sont-ils déjà jetés pour les candidats modérés, qui peinent à émerger dans ce tintamarre populiste ? Sans doute pas, mais à une condition. « Pour être audibles, ils vont devoir intégrer de la radicalité dans leur discours et reconnaître que la situation appelle des mesures inédites », alerte Brice Teinturier. La campagne ne fait que commencer, et l'issue reste incertaine pour les forces politiques traditionnelles.

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