Élu pour la première fois en 1995, l’ex-maire écologiste battu en mars a démissionné ce vendredi 24 avril de la Ville et la Métropole, fermant discrètement la page d’une longue série de mandats. « Hé bien voilà, au revoir… » Et ainsi Pierre Hurmic solde trente ans de vie politique, vers 12 h 15, en adressant discrètement ce salut aux journalistes, entre deux votes pour les vice-présidences, à sa manière, pudique et polie. Puis, dans un sourire ému : « À bientôt pour de nouvelles aventures, hein ! »
Le désormais ex-maire écologiste de Bordeaux et ex-premier vice-président d’une Métropole où il siégeait depuis 1995 tient une enveloppe à la main, c’est sa lettre de démission. Il salue Thomas Cazenave – « bon courage et à bientôt… » –, tous deux discutent rapidement, Cazenave a l’air surpris : « Tu aurais pu prendre la parole, j’aurais pu dire un mot… » Hurmic décline et avise Aziz Skalli, le nouveau directeur de cabinet du maire, et lui remet l’enveloppe. Il quitte la salle, en profitant du brouhaha, sans que grand monde ne s’en rende compte. À quelques mètres, Alexandra Siarri, la nouvelle première adjointe et vice-présidente, se retourne, étonnée : « Il part comme ça, Pierre ? » Il part comme ça.
Un départ annoncé
Dès le 27 mars, le jour de l’investiture de son successeur, il avait indiqué qu’il ne siégerait que « très provisoirement » dans l’opposition, estimant qu’il sera « plus utile ailleurs ». Lui, le « maire impulseur », comme il s’était décrit, redevenait alors un « citoyen engagé et vigilant ». Ce vendredi, en arrivant à 9 h 30 à la Métropole, Hurmic a prévenu qu’il ne prendrait pas la parole et ne resterait pas jusqu’à la fin de cette journée d’installation de la présidence Cazenave et sa nouvelle gouvernance, partagée avec les maires socialistes. Une énième version de la cogestion dont il avait obtenu la fin en 2020 et qu’il refuse de commenter publiquement – « vous savez bien ce que j’en pense ».
Un héritage écologiste
En mars, Pierre Hurmic a descendu pour la dernière fois le grand escalier de pierre du Palais Rohan en tant que maire, applaudi par ses collaborateurs et agents. Son ultime discours avait solennellement soldé son mandat, six ans après l’exploit d’avoir délogé la droite après soixante-treize ans, évoquant un « legs et une empreinte », l’enjeu d’« une ville où l’on respire mieux, où l’on entreprend sans détruire, où l’on circule sans polluer » et ses décisions prises « toujours à l’aune de l’urgence climatique ». La Métropole, il la quitte sans fracas, presque en catimini, dans une sobriété toute « ellulienne ».
Pierre Hurmic n’a pas souhaité prendre la parole publiquement. Il a été élu pour la première fois à la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB, l’ancêtre de la Métropole) en juin 1995, après sa première campagne municipale – l’époque des « trois Bordelais », avec Denis Teisseire et François-Xavier Bordeaux –, opposant jusqu’en 2020, quand il devient maire de Bordeaux et premier vice-président. L’avocat retraité le répète, il s’investira « sous d’autres formes », peut-être une association, on saura en temps voulu. Précise, comme si on en doutait : « Je reste à Bordeaux. » En attendant, son successeur l’a invité à prendre la parole quand il s’agira d’inaugurer des projets lancés sous son mandat. « Peut-être… »
Des hommages et une opposition qui continue
Hurmic, 71 ans, restera l’auteur d’« une magnifique et historique victoire de la gauche à Bordeaux », comme dit le communiste Olivier Escots. « Il aura marqué l’histoire politique de Bordeaux et inspiré durablement les nouvelles générations écologistes », résume l’ex-adjointe Céline Papin, l’une des porte-parole de l’opposition. « Il a porté pendant plus de trente ans une écologie politique exigeante, qui a su passer du témoignage à l’action en 2020, et qui a profondément transformé notre ville : son héritage est précieux et nous devrons le cultiver », complète Marc Etcheverry, l’ex-adjoint à la sécurité.
Marquée par la défaite et la sortie brutale de l’exécutif municipal, la génération Hurmic ne désarme pas. « Il pourra compter sur nous pour poursuivre et mener les combats cruciaux pour le climat, le vivant et la justice sociale », dit Céline Papin. « Nous demanderons des comptes, de la transparence, nous ferons des propositions concrètes, en partant toujours de ce que vivent les habitants », dit Etcheverry, reconnaissant pour la « confiance » de l’ex-maire.
Et la « chance » donnée « dans ce monde que je ne connaissais pas », dit aussi Claudine Bichet, qu’Hurmic a nommée première adjointe, chargée des finances et de l’égalité hommes-femmes, tout en symbole. « Je ne me serais pas engagée si cela n’avait pas été aux côtés de quelqu’un comme lui, qui porte des valeurs et une intégrité forte. Il nous a montré ce qu’est la politique dans le sens noble du terme. »
La relève assurée
L’élue bordelaise d’opposition Alice Mounier-Estay ayant déjà démissionné de son siège à la Métropole, l’ex-adjointe et co-porte-parole de l’opposition municipale Harmonie Lecerf a intégré dès vendredi l’hémicycle métropolitain. À son tour, Pierre Hurmic laisse la place à deux élus de son ancienne liste. À la Ville, c’est Marc Etcheverry, l’ex-adjoint à la sécurité, qui entre au conseil municipal. À la Métropole, c’est le communiste Olivier Escots qui revient. « Je serai un farouche élu d’opposition au nouveau président macroniste, j’y porterai des dossiers et des idées utiles et bénéfiques pour la population, en m’appuyant sur les besoins des habitants et sur le travail de mes camarades élus », explique-t-il, listant « la défense de services publics de qualité », « l’accès aux transports » et « de fortes ambitions pour le logement social ».



