Un bilan accablant pour la promesse de réduction des pesticides
Un rapport parlementaire publié ce jeudi dresse un constat sévère : depuis l'élection d'Emmanuel Macron en 2017, la France a accordé des dérogations pour 48 substances actives pesticides interdites dans d'autres pays de l'Union européenne. Selon le document, ces dérogations ont concerné des molécules classées comme cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.
Le rapport, rédigé par les députés Delphine Batho (Écologiste) et Jean-Luc Fugit (Renaissance), pointe du doigt le décalage entre les engagements du président et la réalité. "La France continue d'autoriser ce que ses voisins interdisent", déclare Delphine Batho, citée dans le rapport.
Des dérogations massives pour l'agriculture intensive
Parmi les substances concernées, on trouve des néonicotinoïdes, accusés de décliner les populations d'abeilles, et des herbicides comme le S-métolachlore, suspecté d'être un perturbateur endocrinien. Au total, 108 dérogations ont été accordées entre 2017 et 2026, dont 64 pour des usages agricoles.
Le rapport souligne que ces autorisations temporaires sont souvent renouvelées, créant un "statu quo" qui empêche la transition vers des alternatives moins nocives. "C'est un poison lent pour la santé des agriculteurs et des consommateurs", ajoute Jean-Luc Fugit.
Un coût sanitaire et environnemental élevé
Selon l'Inserm, l'exposition aux pesticides est responsable de plusieurs milliers de cas de cancer par an en France. Le rapport chiffre le coût sanitaire à 150 millions d'euros par an, sans compter les dommages environnementaux. Les associations de défense de l'environnement dénoncent une "trahison" des objectifs du plan Écophyto, qui visait une réduction de 50% des pesticides d'ici 2025.
Le gouvernement se défend en arguant de la nécessité de maintenir la compétitivité agricole. Mais le rapport estime que ces dérogations fragilisent la position de la France dans les négociations européennes sur le règlement des pesticides.
Vers une remise en cause des pratiques ?
Les députés recommandent de limiter les dérogations à un an maximum et de conditionner leur renouvellement à des preuves d'absence d'alternative. Ils appellent aussi à un renforcement des contrôles et à une transparence accrue sur les substances autorisées. "Il est temps de passer des paroles aux actes", conclut le rapport.



