Lucas Da Cunha, la surprise de Zidane passée par Côme
Lucas Da Cunha, la surprise de Zidane passée par Côme

Lucas Da Cunha, milieu de terrain de Côme, âgé de 25 ans, a été convoqué par Zinédine Zidane pour le rassemblement de l'équipe de France, une première qui surprend, tant son parcours, de Roanne à la Serie A, est atypique. Encensé par Cesc Fabregas, il incarne la seule évolution du milieu tricolore par rapport à la liste de Didier Deschamps pour la Coupe du monde 2026.

Un parcours semé d'embûches, de Roanne à Rennes

Avant d'être qualifié par « Zizou » de « joueur intéressant avec beaucoup de personnalité » vendredi dernier, Lucas Da Cunha a dû surmonter de nombreux refus. Arrivé tardivement dans un centre de formation, à 15 ans au Stade Rennais, il a connu les doutes liés à son profil frêle (1,74 m). Vincent Decaluwe, son entraîneur en U14 et U15 à Roannais Foot 42 (Loire), se souvient : « Je l'ai accompagné une dizaine de fois pour des essais à l'AS Saint-Etienne, sept fois à l'OL, et aussi à Dijon. Le retour des clubs pros était toujours le même : "On a déjà meilleur que lui dans notre collectif". C'est sûr qu'à 14-15 ans, ce sont souvent les gabarits plus puissants qui sont recherchés. Ces nombreux refus généraient de la frustration chez Lucas mais toutes ces déceptions l'ont construit. »

Son formateur à Roanne, resté proche de la famille Da Cunha, garde en mémoire un prestigieux succès (2-3) en 2016 sur la pelouse de l'OL en U15 Ligue Elite. « C'était impensable pour notre club de venir battre l'OL, évoque Vincent Decaluwe. Mais Lucas avait été individuellement monstrueux ce jour-là, avec un but et une passe décisive, tout en bonifiant le collectif. Et là, l'entraîneur lyonnais s'est retourné vers son staff et ses dirigeants pour leur dire : "Comment a-t-on fait pour ne pas prendre ce joueur ?". »

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De Rennes à Côme, la révélation sous Fabregas

Après six saisons avec son club de Roanne, ce grand supporteur de l'ASSE est finalement recruté in extremis par le Stade Rennais, fin juin 2016. Landry Chauvin, alors directeur du centre de formation breton, explique : « Chaque centre de formation a ses critères de recrutement et à Rennes, on ne faisait absolument pas attention à la morphologie des jeunes. Ce qui nous intéressait, c'était uniquement le rapport ballon-joueur. » Régulièrement sélectionné à partir de là dans les équipes de France (de U16 à U19, jamais en Espoirs), Lucas Da Cunha signe pro à Rennes en janvier 2018, puis il devient champion de France U17 et U19 « dans un rôle majeur ».

Avec Julien Stéphan, il a droit à une titularisation en Ligue Europa contre la Lazio Rome (2-0) en décembre 2019, puis plus rien ou presque dans le groupe pro, avec seulement cinq apparitions au total jusqu'en juin 2020. « Lucas a fait preuve d'un peu d'impatience », note Landry Chauvin. Direction l'OGC Nice, un prêt dans la foulée à Lausanne-Sport (6 buts en D1 suisse), 10 matchs de Ligue 1 avec le Gym de Christophe Galtier d'août à novembre 2021, puis un nouveau prêt à Clermont. Florent Ogier, son ex-coéquipier à Clermont, souligne : « Il s'était vite intégré au groupe, tant dans le jeu que dans la mentalité, et ça avait été un prêt bénéfique pour tout le monde. Il bossait en silence et le coach voulait d'ailleurs le reprendre la saison suivante, mais ça ne s'était finalement pas fait. »

Une trajectoire qui dépasse les attentes

C'est là que Lucas Da Cunha ronge son frein, avant de s'engager à Côme en janvier 2023 pour moins d'1 million d'euros. Moreno Longo, son entraîneur à son arrivée à Côme, raconte : « C'est notre directeur sportif Carlalberto Ludi qui tenait au recrutement de Lucas, que nous suivions en vidéo depuis un certain temps. Lucas a eu besoin de temps pour s'adapter au football italien mais on a pu voir sa technique et son sens du timing exceptionnels. » Recruté « comme meneur de jeu ou ailier » dans ce Como 1907 à la lutte pour son maintien en Serie B, Lucas Da Cunha est peu à peu reculé dans un rôle de milieu axial, avec à ses côtés un modèle qui deviendra son entraîneur dès novembre 2023, Cesc Fabregas. « Je ne pense pas que Cesc l'imaginait à ce poste au départ. Mais à son contact, il a découvert que Lucas pouvait être l'interprète idéal de sa philosophie de jeu », décrypte Moreno Longo.

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« Lucas a eu l'intelligence de sortir de sa zone de confort en quittant la France, complète Landry Chauvin. Il fallait qu'il voie autre chose et Cesc Fabregas a été pour lui la bonne rencontre au bon moment. » « Il a changé mon football », dit carrément de lui le Roannais, qui a pris une tout autre dimension grâce à son repositionnement dans l'entrejeu. Au point de devenir le capitaine et le symbole de la montée en puissance de Côme, 2e de Serie B en 2024 et donc de retour dans l'élite.

Une première cape en Bleu qui se profile

« Ça m'a surtout choqué de le voir capitaine à Côme. C'était quelqu'un de très discret, qui faisait son truc dans son coin. Je ne l'aurais jamais imaginé avec le brassard, alors en plus dans un club étranger... Et puis quand je le suivais de loin, à Clermont puis à Côme, je me disais qu'il faisait une carrière professionnelle lambda », confie Florent Ogier. Une hypothèse enterrée pour de bon avec cette première convocation surprise par « ZZ » le 18 septembre. « Il était difficile d'imaginer une progression aussi rapide et constante, mais nous avions vite compris que nous avions affaire à un joueur bien au-dessus du niveau de la Serie B, analyse Moreno Longo. Quand je le vois à présent dans l'élite, c'est un joueur fantastique, avec une excellente vision de jeu et qui sait défendre. Il a mûri et gagné en confiance, ça n'est plus le garçon un peu timide à son arrivée en Italie. »

Désormais taulier du bluffant 4e de Serie A en 2025-2026, avec 77 matchs dans l'élite (9 buts et 7 passes décisives), il a prolongé en juillet son contrat avec le club lombard jusqu'en 2031. Et voilà donc qu'il incarne la seule évolution du milieu tricolore par rapport à la liste de Didier Deschamps à la Coupe du monde 2026, où les Bleus ont été promenés dans ce secteur par l'Espagne en demi-finale (0-2). Une incroyable trajectoire, alors que sept joueurs formés à Rennes se trouvent dans les 23 noms retenus par Zinédine Zidane. « Pour Dembélé, Doué et Camavinga, ce destin international était presque écrit, note Landry Chauvin. Mais pour Lucas, autant j'étais certain qu'il ferait une carrière professionnelle, autant je vais être honnête : je ne l'imaginais pas en équipe de France A. » Quatre ans après l'avoir vu au quotidien à l'entraînement, Florent Ogier est sur la même ligne : « Il aurait fallu une sacrée boule de cristal pour le voir aller en équipe de France, et encore plus à un poste auquel je ne l'aurais pas imaginé rayonner ». Le duo 100 % créatif Fabregas-Zidane a pourtant eu cette vision avec Lucas Da Cunha.