Pour l'avocate et ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage, la démission de Monique Barbut aurait été tout à son honneur. Son maintien, alors qu'elle n'a strictement rien obtenu, est un aveu d'échec total, écrit-elle dans une tribune publiée le 22 juillet 2026.
Une tradition de démissions chez les ministres de l'Environnement
« Un ministre, ça ferme sa g… ou ça démissionne » : cette formule célèbre de Jean-Pierre Chevènement est toujours d'actualité, mais avec une troisième solution : ça menace de démissionner… mais ça démissionne pas, ironise Corinne Lepage. Monique Barbut n'aurait pas été la première ministre de l'Environnement à démissionner. Avant elle, Nicolas Hulot et, pour des raisons beaucoup moins nobles, François de Rugy, l'avaient fait.
Il est vrai qu'il est bien difficile quand on est ministre de l'Environnement de défendre la cause de la santé et de l'environnement, dont la protection coûte cher à court terme, rapporte peu électoralement et ne produira ses effets que bien après que le gouvernement en place aura quitté les lieux, souligne-t-elle.
Des ministres affaiblis sous Macron
La volonté d'un ministre de l'Environnement de défendre le portefeuille dans lequel il a été nommé peut conduire également à son éviction, et on rappellera à cet égard les précédents de Delphine Batho ou de Nicole Bricq, qui avait osé s'opposer à Total, rappelle Lepage. En l'espèce, la démission de Monique Barbut aurait été tout à son honneur. Celle qui a été très critiquée comme ministre en raison de son manque d'appétence pour la politique politicienne et le peu d'arbitrages qu'elle a gagnés, pour son manque de présence médiatique et la modestie de ses prises de position, aurait montré son caractère et ses convictions en refusant la mesure de backlash de trop.
Mais après avoir annoncé son départ, voilà qu'elle annonce son maintien au motif de la gravité de la crise climatique. Que signifie cette volte-face et que dit-elle du gouvernement actuel de la France ? Tout d'abord, que signifie au temps du macronisme la fonction ministérielle ? Avant l'entrée en fonction d'Emmanuel Macron, dans un gouvernement un ministre représentait un parti politique et plus le ministre avait de poids politique, plus il était en mesure de remporter des arbitrages positifs. Il était fréquent de parler de poids lourds au sein du gouvernement pour précisément caractériser la force politique de tel ou tel.
Hormis Rachida Dati, qui pouvait être considérée comme une belle prise de guerre pour Emmanuel Macron, et Nicolas Hulot, lors du premier quinquennat, les différents ministres qui se sont succédé ne représentaient pas grand-chose à quelques exceptions près, car ce sont le plus souvent des inconnus, des amis du président ou de jeunes énarques avides de la fonction. À telle enseigne que nos concitoyens peinent à citer plus de quatre membres de leur gouvernement, déplore-t-elle.
Un départ aurait été parfaitement justifié
Cette situation issue de la volonté du président de la République de concentrer tous les pouvoirs et de refuser de faire exister quiconque en dehors de lui-même, laissant même au Premier ministre une place minimum, a fait perdre au ministre une grande part de sa fonction. Il est devenu en quelque sorte le simple gestionnaire d'un département ministériel, sans conviction particulière, chargé d'appliquer les directives qui lui sont données. Or, politique et gestion ne se confondent pas, insiste-t-elle.
La démission de Monique Barbut aurait précisément redonné du sens à la politique et à la fonction ministérielle en montrant qu'un ministre était capable de renoncer à un poste enviable parce que des choix politiques lui paraissaient aller à l'encontre de l'intérêt général de son département ministériel. Or, tel est évidemment le cas de la loi qui vient d'être votée pour deux raisons. Si le potentiel cancérigène de l'acétamipride n'est pas documenté, il est fortement soupçonné d'effets préoccupants sur le neurodéveloppement humain et il est parfaitement établi qu'il en a sur l'environnement et la biodiversité. C'est un polluant de l'eau, ce qui signifie que les contribuables français auront à payer pour la dépollution de ce produit comme de tous les pesticides qui restent à leur charge.
Quant à la question de l'eau, c'est un minimum que le ministre de l'Environnement se révolte contre une loi qui met un terme à une gestion exemplaire de l'eau en France qui remonte au début des années 1970 (loi de 1964, décret de 73) pour donner la priorité à l'usage agricole de l'eau contre tous les autres usagers à commencer par les citoyens, ajoute-t-elle.
Une justification bien présomptueuse
Dès lors, le départ de Mme Barbut était parfaitement justifié et montrait qu'il y avait des limites au backlash qu'un ministre de l'Environnement n'acceptait pas de franchir. Du reste le soutien d'Agnès Pannier-Runacher à cette décision est particulièrement significatif, note Lepage.
Son maintien, alors qu'elle n'a strictement rien obtenu est un aveu d'échec total de l'environnement face au rouleau compresseur du détricotage à échelle industrielle du droit de l'environnement en France. Il est du reste particulièrement piquant que dans son post fait pour justifier sa démission la ministre se soit référée à cet état de fait, à son manque de moyens, au poids des lobbys (qu'elle nomme forces… !). Quant à prétendre que son maintien est justifié par la nécessité de lutter contre le dérèglement climatique, c'est bien présomptueux quand on voit le peu d'actions concrètes qui ont été menées, juge-t-elle.
En définitive, cette non-démission est bien pire que ne l'aurait été son silence. Il met en quelque sorte le dernier clou sur le cercueil de ce qu'a été le ministère de l'Écologie de Jean-Louis Borloo ou de Nicolas Hulot, reconnaissant que le ministre de l'Environnement est dans l'incapacité de faire son travail : défendre le long terme, les conditions de vie des gens, les ressources naturelles et le vivant, conclut Corinne Lepage.



