La ministre de la Transition écologique Monique Barbut a annoncé, mercredi 22 juillet à Paris, sa démission au président Emmanuel Macron. Cette décision fait suite à l'adoption définitive par le Parlement du projet de loi d'urgence agricole, réautorisant certains pesticides controversés.
Une démission annoncée sur LinkedIn
Dans un message publié sur LinkedIn, Monique Barbut a écrit : « Contrairement aux engagements qui m'avaient été donnés, le gouvernement a empêché le débat autour de la suppression de cette mesure, pourtant souhaitée également par les députés. » Elle estime que « ce revirement constitue […] le recul environnemental de trop ».
Son entourage avait annoncé sa décision mardi 21 juillet, précisant que la sexagénaire allait présenter sa démission à Emmanuel Macron d'ici le Conseil des ministres prévu ce mercredi matin. « Dans ma tête je n'ai pas d'autre option que de remettre ma démission. Soit vous êtes ministre, soit vous n'êtes pas ministre. Aujourd'hui, dans ma tête, je suis partie demain », avait-elle dit en petit comité après le vote.
Le principe de précaution « s'impose plus que jamais »
Le Parlement a entériné mardi le projet de loi d'urgence agricole du gouvernement, qui comporte notamment la réintroduction, à titre dérogatoire, de certains pesticides autorisés dans l'UE mais interdits en France. Le texte prévoit la possibilité donnée à l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) de réintroduire sous condition l'acétamipride et le flupyradifurone pour une poignée de filières en difficulté, dont celles des noisettes et de la betterave.
« En 2016, la France a fait le choix d'interdire l'acétamipride au nom du principe de précaution, sur la base des expertises scientifiques disponibles. […] Dix ans plus tard, loin d'avoir dissipé les inquiétudes, les études scientifiques continuent d'alimenter les doutes sur ses effets pour la santé humaine et l'environnement », fustige mercredi Monique Barbut. « Dans ces conditions, le principe de précaution n'a rien perdu de sa pertinence : il s'impose plus que jamais », ajoute-t-elle.
Une controverse persistante
Un an après la forte mobilisation citoyenne contre la loi Duplomb, qui prévoyait le retour de l'acétamipride avant une censure du Conseil constitutionnel, la résurgence de cette option sème toujours la controverse. Des députés du camp gouvernemental avaient suggéré lundi à l'exécutif de la faire retirer par amendement, ce que le gouvernement a refusé.
Des premières crispations autour des budgets
Diplômée de l'Institut des hautes études internationales de l'Université Panthéon-Assas, Monique Barbut a été présidente de l'ONG environnementale WWF France, après avoir occupé le poste de secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies (ONU) sur la lutte contre la désertification.
« La politique n'est pas mon monde, et si c'est cela dont il s'agit, elle ne le sera définitivement pas », fait savoir Monique Barbut, qui avait déjà mis sa démission en jeu en janvier avant de gagner l'arbitrage gouvernemental concernant la réintroduction des projets de recherche d'hydrocarbures dans certains territoires ultramarins.
Sur les budgets alloués à son ministère, Monique Barbut, connue pour son franc-parler, avait également menacé de partir. « Moi, ce que je veux, ce sont de vrais budgets pour l'adaptation et le Fonds vert », avait-elle répété. Sans éviter de nouvelles coupes, elle a obtenu le maintien d'un niveau de financement qu'elle jugeait nécessaire. Créé en 2023 et destiné à aider les collectivités à adapter les territoires au changement climatique, le Fonds vert avait alors vu sa dotation passer de 2,5 milliards d'euros en 2024 à 837 millions dans le budget 2026.



