Monique Barbut, ancienne présidente du Fonds pour l'environnement mondial (FEM) et figure reconnue de la diplomatie environnementale, a livré une analyse sans concession sur le ministère de la Transition écologique. Dans un entretien accordé à Libération, elle affirme qu'« il est difficile de rester à ce poste quand on a de l’ambition », pointant du doigt les contraintes et les contradictions qui pèsent sur ce portefeuille ministériel.
Un poste exposé aux pressions contradictoires
Selon Monique Barbut, le ministère de la Transition écologique est un poste « très exposé » où les ministres doivent faire face à des pressions contradictoires. D'un côté, ils sont attendus sur des engagements climatiques ambitieux, de l'autre, ils doivent composer avec les réalités économiques et les lobbies industriels. Elle estime que cette situation rend le poste « difficile à tenir sur la durée » pour ceux qui ont de réelles ambitions politiques.
Barbut souligne que les ministres de l'Écologie sont souvent confrontés à un dilemme : « ou bien ils défendent des mesures fortes et se heurtent à l'opposition des autres ministères et des intérêts économiques, ou bien ils font des compromis et sont accusés de ne pas en faire assez ». Cette position inconfortable expliquerait, selon elle, le turnover important à la tête de ce ministère.
L'exemple de Nicolas Hulot et les défis de la fonction
L'ancienne diplomate cite l'exemple de Nicolas Hulot, qui a démissionné en 2018 après un an et demi à la tête du ministère, en dénonçant le « poids des lobbies ». Elle rappelle que « même un ministre aussi populaire et déterminé que Nicolas Hulot a fini par jeter l'éponge ». Pour elle, cela illustre la difficulté de porter des réformes structurelles dans un contexte où les intérêts économiques prévalent souvent sur les enjeux environnementaux.
Barbut insiste sur le fait que le ministère de la Transition écologique est « un ministère de combat », où chaque avancée est arrachée de haute lutte. Elle déplore que les moyens humains et financiers alloués à ce ministère soient insuffisants face à l'ampleur des défis.
Des ministres « sacrifiés » sur l'autel de la realpolitik
Monique Barbut va plus loin en affirmant que les ministres de l'Écologie sont souvent « sacrifiés » sur l'autel de la realpolitik. « On leur demande de porter une ambition écologique, mais on ne leur donne pas les outils pour y parvenir », explique-t-elle. Elle cite en exemple le budget du ministère, qui reste l'un des plus faibles de l'administration, alors même que les enjeux climatiques exigent des investissements massifs.
Elle évoque également le poids des autres ministères, comme celui de l'Économie ou de l'Agriculture, qui freinent régulièrement les initiatives écologiques. « Le ministre de l'Écologie est souvent seul contre tous », résume-t-elle. Cette situation conduit, selon elle, à une forme de « lassitude » chez les titulaires du poste, qui finissent par partir ou par s'aligner sur la ligne gouvernementale.
Un constat partagé par les acteurs de la société civile
Le constat de Monique Barbut rejoint celui de nombreuses ONG environnementales. Selon un rapport de Greenpeace publié en 2022, la France n'a pas tenu ses engagements climatiques pour la troisième année consécutive, et les mesures annoncées par le gouvernement sont jugées insuffisantes. Les associations dénoncent régulièrement le manque de volonté politique et l'influence des lobbies.
Barbut appelle à une « véritable révolution culturelle » au sein de l'administration pour que la transition écologique devienne une priorité transversale. Elle estime que le poste de ministre de la Transition écologique devrait être renforcé, avec des pouvoirs élargis et un budget à la hauteur des enjeux.
Un avenir incertain pour le ministère
Interrogée sur l'avenir du ministère, Monique Barbut se montre pessimiste. Elle craint que, sans une réforme en profondeur, le poste reste « un marqueur politique » plutôt qu'un véritable levier de changement. « Tant que l'écologie sera considérée comme une contrainte et non comme une opportunité, les ministres continueront à se succéder sans parvenir à impulser une dynamique durable », conclut-elle.
Son analyse intervient alors que le gouvernement actuel peine à incarner une politique écologique forte. La nomination de Christophe Béchu en 2022 n'a pas apaisé les critiques, et les associations environnementales réclament des actes concrets.



