Ce 17 juin, La Grand'Combe (Gard) célèbre les 180 ans de sa création. Jadis capitale du charbon, la ville cévenole mise désormais sur la culture et les énergies renouvelables pour raviver son identité collective.
Un anniversaire chargé d'histoire
Ce mercredi, La Grand'Combe souffle ses 180 bougies. Une date qui n'est pas seulement un anniversaire administratif : elle raconte une aventure humaine, industrielle et sociale qui a profondément marqué les Cévennes. Érigée en commune le 17 juin 1846 sous le dernier roi des Français, la ville est née avec le développement de l'exploitation minière et l'arrivée d'une population venue travailler au fond.
Longtemps, La Grand'Combe a été bien plus qu'une cité minière. Centre industriel majeur du Gard, la commune connaîtra même jusqu'à près de 17 000 habitants. La vie locale y est alors organisée autour du charbon, des compagnies minières, des cités ouvrières et d'une forte culture collective.
Puis les temps changent. À partir des années 1960, avec la diminution progressive de l'exploitation minière, la ville entre dans une période de mutation profonde. La fin du fond bouleverse l'économie locale, entraîne un déclin démographique et oblige La Grand'Combe à imaginer un nouvel avenir.
1947 et 1996 : deux âges de la cité
Il y eut les anniversaires où l'on célébrait ce que la mine promettait encore, puis ceux où il fallut apprendre à parler d'elle au passé. À La Grand'Combe, le centenaire de 1947 et les 150 ans de 1996 racontent l'évolution du regard porté sur la ville elle-même.
Le premier se tint dans une cité encore portée par le charbon. Du samedi 5 au lundi 14 juillet, la commune déploya un programme à la mesure de son rang de "grande et avenante cité minière", comme le titrait alors la presse. Autour d'Henri Layre, président du comité des fêtes, et du maire Roger Rouvière, La Grand'Combe célébrait un siècle d'existence dans un plein essor industriel. Retraite aux flambeaux, bals dans les quartiers, réception des autorités, grand corso de 25 chars, concerts et feu d'artifice donnaient à ces journées une ampleur rare. Tout disait la confiance d'une ville sûre de sa force, fière de ses mineurs, de ses placières et de l'élan populaire qui accompagnait encore son développement.
En 1996, pour les 150 ans, le décor avait changé. La journée du 17 juin, voulue par Patrick Malavieille, rencontra un large succès populaire, mais prit un ton plus solennel. Il ne s'agissait plus de célébrer une puissance en marche, mais de rendre hommage à une histoire encore proche, bouleversée par la fin du fond. Le deuil de la mine n'avait pas encore trouvé ses mots. Place Mendès-France, "Les Corons" furent entendus par une foule nombreuse comme un chant de reconnaissance autant que de nostalgie.
Cette émotion ne refermait pourtant pas la ville sur son passé. Dans les mots prononcés ce jour-là, il y avait l'attachement à une commune qui voulait encore "vivre, coopérer et exister". Patrick Malavieille rappelait la fierté d'une histoire mêlée aux Camisards, à la Résistance et aux mineurs. La question était déjà celle de l'après : l'emploi, la solidarité, la place des jeunes, dans une ville que le charbon ne portait plus comme avant.
De la mine de charbon à celle de culture ?
Pour Patrick Malavieille, maire honoraire et vice-président du conseil départemental du Gard, l'histoire de La Grand'Combe peut se résumer à un fil conducteur. "Et le fil conducteur, c'est l'énergie", explique-t-il. "Aujourd'hui, nous avons une nouvelle énergie : bien sûr, le photovoltaïque, mais nous avons aussi l'énergie propulsée par la culture."
Une manière de raconter une transition. Hier, la ville produisait du charbon ; aujourd'hui, elle cherche à produire de nouvelles dynamiques. "Nous travaillons aussi à ce que la population continue à être solidaire et puisse trouver, dans cette ville d'aujourd'hui, des raisons d'y rester et d'y être heureuse", ajoute Patrick Malavieille.
Pour Pascale Eugène, maire de La Grand'Combe depuis mars dernier, cet anniversaire, qui sera fêté officiellement le samedi 21 juin, doit surtout être un moment partagé. "Nous avons prévu un large programme pour toucher toutes les générations", confirme-t-elle. Une volonté de rassembler les habitants actuels, mais aussi celles et ceux qui ont quitté la ville et qui gardent un attachement fort à leur commune d'origine. "Quand on parle avec les anciens Grand-Combiens, il y a cette nostalgie. Ils sont partis, mais La Grand'Combe, c'est La Grand'Combe. Quand on y a vécu, on est marqués, positivement. Car l'héritage minier ne se limite pas aux bâtiments ou aux souvenirs. Il réside aussi dans une valeur" toujours vivace pour Patrick Malavieille, la solidarité. "Elle transcende les générations."
Une journée de fête, le 21 juin
Les festivités débuteront dès 9 heures sur la place Jean Jaurès avec un marché, des démonstrations de métiers anciens et un village enfants. À 11 heures, un défilé historique partira de l'espace Frida Kahlo pour retracer les périodes marquantes de la commune. La cérémonie d'ouverture du 180e anniversaire se tiendra ensuite à 11 h 30 dans les jardins de l'hôtel de ville.
À 12 h 30, habitants et visiteurs pourront participer à un grand pique-nique citoyen sur la place Jean Jaurès. L'après-midi sera consacré à la transmission de l'histoire locale avec une conférence animée par Laurent Aiglon à 16 heures à la Maison du mineur. À 19 heures, un lâcher de colombes sera organisé par le conseil municipal des jeunes et les enfants présents. La soirée se poursuivra de 19 heures à 21 heures avec une projection de films et de photos sur grand écran, avant de laisser place à un bal populaire avec "French Touch" de 21 heures à 23 h 30.
Cette identité continue de nourrir le projet collectif. La Maison du mineur, le patrimoine industriel ou encore les récits transmis par les familles entretiennent une mémoire qui appartient désormais à plusieurs générations, y compris celles qui n'ont jamais connu la mine en activité. À 180 ans, La Grand'Combe ne cherche donc pas à revenir au passé. Elle tente de transformer son histoire en force pour l'avenir. Une ville qui a connu la puissance industrielle, la crise du charbon et les mutations sociales, mais qui veut continuer à écrire son récit.
Un livre pour se souvenir
Disponible à la Maison du mineur, "La Grand'Combe à travers les âges" mérite d'être rouvert pour la saveur de son récit. En 1947, Georges Livet y présente, pour le centenaire, une ville "qui n'avait pas connu les vicissitudes de l'existence", mariée dès sa naissance au charbon, "ce Prince qu'on sort". De cette union avec la terre est née une cité à part. Le livre en restitue l'élan, la mémoire, l'âme grandcombienne, mais aussi cette vie associative et sportive dont de grands noms ont traversé le temps.



