Le lido de Frontignan, classé en aléa fort du PPRI depuis 2012, est plus vulnérable que celui de Sète en raison de sa position géographique. « Il s’est constitué naturellement avec les sédiments apportés par la mer, via le Golfe du Lion et celui d’Aigues-Mortes. Pour qu’il reste robuste, il ne faut pas l’artificialiser », rappelle Loïc Linares, président de Sète Agglopôle Méditerranée.
Des protections insuffisantes
Les brise-lames et épis, installés dans les années 1990, ont jusqu’ici ralenti l’érosion. Les enrochements ont été réorganisés entre 2019 et 2021, mais ils ne seront pas renforcés. L’État ne finance plus ce type d’ouvrages, considérant le recul du trait de côte comme acté, sauf s’ils s’inscrivent dans une stratégie globale d’adaptation. La logique a changé : il ne s’agit plus de protéger le littoral, mais de préparer son évolution.
Les derniers travaux ont porté sur la restauration du cordon dunaire et l’installation de ganivelles. Le rechargement en sable n’est plus d’actualité, sauf démonstration d’une stratégie globale validée par l’État. Seuls des dragages réguliers permettent encore de recharger le cordon dunaire en sable.
Des scénarios pour anticiper
Selon les projections du Projet partenarial d’aménagement (PPA) de l’Agglo, l’eau pourrait atteindre les premières habitations de l’avenue d’Ingril d’ici trente ans, et Frontignan-Plage pourrait être menacé à cent ans si le niveau marin s’élevait de près d’un mètre, comme l’envisage le Giec. Le PPA établit des scénarios à 30, 60, 80 et 100 ans, destinés à anticiper les évolutions du littoral.
L’objectif n’est pas de déplacer les populations, mais de préparer progressivement les adaptations nécessaires. D’autant que d’ici 30 à 40 ans, une vingtaine d’habitations, ainsi que le camping des Tamaris, aux Aresquiers, pourraient être submergés. Les propriétaires non directement concernés pourront continuer à vivre sur place ou vendre leur bien. Les futurs acquéreurs devront toutefois être informés du risque et disposer d’une réserve financière suffisante pour renaturaliser le site si besoin.
Le levier du Braec
Si l’usage privé restera possible dans les zones résilientes, il ne le sera pas dans les secteurs les plus vulnérables. D’où l’idée de baux réels d’adaptation à l’érosion côtière (Braec) : la commune rachèterait le bien, et l’ancien propriétaire pourrait continuer à l’occuper contre un loyer, jusqu’à sa démolition – sans garantie toutefois d’une priorité de location. Un flou lié à un outil restant expérimental, selon Loïc Linares.
« Tout le monde tâtonne et se pose des questions. Puis, nous ne sommes pas aidés par le récit national alors que les enjeux autour d’un littoral très habité sont considérables », déplore-t-il.
Une recomposition inévitable
Si de nombreuses questions restent ouvertes, plusieurs pistes de recomposition spatiale sont à l’étude. Après près de 32 km², Frontignan dispose de possibilités de repli contrairement à Palavas-les-Flots. La reconversion des friches Exxon-Mobil et Lafarge, ou le projet du Mas de Chave, figurent parmi les secteurs envisagés. D’autres réflexions portent sur des habitats démontables et des réseaux aériens plutôt qu’enterrés.
« C’est un changement de culture qui s’opère sur notre territoire », résume Loïc Linares. Selon lui, les premiers scénarios d’adaptation devront être engagés dans les dix prochaines années. Car, « si le territoire dispose encore d’un peu de temps, il n’en a plus à perdre ».



