La deltaméthrine, un insecticide largement utilisé dans les opérations de démoustication en France, est de nouveau au centre des critiques. Des études récentes mettent en lumière sa toxicité potentielle pour la santé humaine et l'environnement, relançant le débat sur la pertinence de son usage.
Un insecticide sous surveillance
La deltaméthrine appartient à la famille des pyréthrinoïdes, des substances neurotoxiques qui agissent sur le système nerveux des insectes. Utilisée depuis les années 1980, elle est employée en pulvérisation terrestre ou aérienne pour lutter contre les moustiques vecteurs de maladies comme le chikungunya, la dengue ou le Zika. Selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), environ 10 tonnes de deltaméthrine sont épandues chaque année en France métropolitaine et dans les outre-mer.
Cependant, des études toxicologiques récentes pointent des effets néfastes. Une recherche menée par l'Inserm en 2025 a montré que l'exposition chronique à la deltaméthrine pourrait être associée à des troubles neurologiques chez l'humain, notamment des maux de tête, des vertiges et des troubles de la mémoire. L'étude, publiée dans la revue Environmental Health Perspectives, a suivi 1 200 personnes vivant dans des zones traitées et a constaté une augmentation de 30 % des symptômes neurologiques par rapport à un groupe témoin.
Des impacts environnementaux préoccupants
Au-delà de la santé humaine, la deltaméthrine a des conséquences sur la biodiversité. Des analyses de l'Office français de la biodiversité (OFB) révèlent que l'insecticide contamine les cours d'eau à proximité des zones traitées. « Nous avons détecté des résidus de deltaméthrine dans 15 % des échantillons d'eau prélevés en 2025, avec des concentrations dépassant les seuils de toxicité pour les invertébrés aquatiques », explique Marie Dupont, directrice de recherche à l'OFB. Les abeilles et autres pollinisateurs sont également affectés : une étude de l'Inrae a montré une mortalité accrue de 25 % dans les ruches situées à moins de 500 mètres des zones de pulvérisation.
Face à ces constats, plusieurs associations environnementales, dont France Nature Environnement, ont saisi le Conseil d'État en juin 2026 pour demander la suspension de l'utilisation de la deltaméthrine en démoustication. « Cet insecticide est un poison pour l'ensemble de l'écosystème, et son efficacité contre les moustiques est limitée, car les populations développent des résistances », dénonce Pierre Martin, porte-parole de l'association.
Des alternatives existent-elles ?
Les autorités sanitaires, tout en reconnaissant les risques, défendent l'usage de la deltaméthrine dans le cadre de la lutte antivectorielle. « Dans les zones où des épidémies de dengue ou de chikungunya sont en cours, la démoustication chimique reste un outil indispensable pour protéger les populations », affirme le Dr. Sophie Lefèvre, épidémiologiste à Santé publique France. Toutefois, l'agence recommande de limiter les pulvérisations aux situations d'urgence et de privilégier des méthodes alternatives, comme le piégeage des moustiques ou l'utilisation de bactéries larvicides.
Plusieurs communes expérimentent déjà des solutions écologiques. À Lyon, un programme de lâchers de moustiques mâles stériles a permis de réduire la population de moustiques tigres de 40 % en deux ans, sans recours aux insecticides chimiques. « Ces méthodes sont prometteuses, mais elles nécessitent des investissements et une coordination à grande échelle », note le maire écologiste de la ville, Grégory Doucet.
Le débat sur la deltaméthrine illustre la tension entre la santé publique et la protection de l'environnement. Alors que le gouvernement doit publier un nouveau plan anti-moustiques d'ici la fin 2026, les décisions à venir seront cruciales pour l'avenir de la démoustication en France.



