La France doit se positionner comme une terre d'accueil pour les data centers, indispensables au développement de l'intelligence artificielle (IA), plaide Nicolas Bouzou, économiste et essayiste, dans une tribune publiée par L'Express. Selon lui, l'Hexagone dispose d'atouts majeurs mais doit agir rapidement pour ne pas rater le tournant de l'IA.
Un enjeu stratégique pour l'économie française
Nicolas Bouzou souligne que les data centers sont devenus des infrastructures critiques pour l'économie moderne, comparables aux ports et aux autoroutes. Sans eux, les services numériques, l'apprentissage automatique et les applications d'IA ne peuvent tout simplement pas fonctionner. La France, avec son électricité décarbonée et son savoir-faire technologique, a tout pour devenir un hub européen des data centers.
L'économiste rappelle que le pays bénéficie d'un mix énergétique unique en Europe, avec une électricité à faible teneur en carbone grâce au nucléaire. Cet avantage est décisif pour les data centers, qui sont de gros consommateurs d'énergie. De plus, la France dispose d'un réseau de fibre optique dense et d'une position géographique centrale en Europe, ce qui facilite la connexion avec les autres grands marchés.
La concurrence internationale s'intensifie
Mais la concurrence est rude. Les États-Unis, la Chine et plusieurs pays européens comme l'Allemagne ou les Pays-Bas attirent déjà massivement les investissements dans les data centers. Nicolas Bouzou cite des chiffres précis : le marché mondial des data centers est en pleine explosion, porté par la demande en IA. Pour ne pas être distancée, la France doit simplifier les procédures administratives et accélérer les autorisations de construction, qui sont souvent trop longues.
Il pointe également du doigt la fiscalité et le coût de l'énergie, qui peuvent freiner les investisseurs. Alors que d'autres pays offrent des incitations fiscales attractives, la France doit réfléchir à des mesures ciblées pour rester compétitive. L'enjeu est double : capter les retombées économiques directes (emplois, investissements) mais aussi les effets indirects sur la souveraineté numérique.
Une opportunité pour la souveraineté numérique
Au-delà de l'aspect économique, Nicolas Bouzou insiste sur la dimension stratégique. Héberger des data centers sur le sol français, c'est garantir une certaine forme de souveraineté numérique, en évitant que les données sensibles des entreprises et des administrations ne soient stockées à l'étranger, notamment hors d'Europe. Il appelle donc à une prise de conscience collective et à une stratégie nationale claire, portée par l'État.
L'économiste conclut que la France a une fenêtre de tir limitée pour s'imposer comme un acteur incontournable de l'IA. Si elle ne réagit pas rapidement, elle risque de devenir un simple consommateur de technologies importées, dépendante des infrastructures localisées ailleurs. Il en appelle aux pouvoirs publics et aux acteurs privés pour bâtir ensemble cette filière d'avenir.
Cette tribune intervient dans un contexte où la France multiplie les annonces sur l'IA, notamment avec le sommet de Paris sur l'IA et les investissements dans les supercalculateurs. Mais selon Nicolas Bouzou, les déclarations d'intention ne suffisent plus : il faut des actes concrets, rapides et structurants pour faire de la France une véritable terre d'accueil des data centers.



