Bioregionalisme : les limites de la pensée de Jean-Luc Mélenchon selon un géographe
Bioregionalisme : les limites de la pensée de Mélenchon

Un géographe réagit aux écorégions de Mélenchon

Dans une tribune publiée par Le Monde le 22 juillet 2026, le géographe Frédéric Giraut critique vivement le concept d'« écorégions » promu par Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise. Selon Giraut, ce bioregionalisme, qui vise à redécouper la France en fonction de bassins versants et d'écosystèmes, souffre de lacunes majeures, notamment dans sa capacité à appréhender les réalités urbaines et migratoires.

Giraut, professeur à l'Université de Genève et spécialiste des questions de territorialisation, estime que le bioregionalisme « ne peut penser la question urbaine et migratoire autrement qu'en termes négatifs ». Il souligne que cette approche, en privilégiant une vision naturaliste des territoires, tend à ignorer les dynamiques sociales et économiques qui façonnent les villes et les flux migratoires.

Les failles du bioregionalisme

Pour le géographe, le bioregionalisme mélenchoniste repose sur une vision idéalisée de la nature, qui conduirait à une forme de « déterminisme écologique ». Il rappelle que les villes sont des espaces de mixité et d'innovation, et que les migrations sont un phénomène historique et structurel. En les présentant comme des menaces pour l'équilibre écologique, le bioregionalisme risquerait de justifier des politiques d'exclusion.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Giraut s'appuie sur des exemples concrets pour étayer son analyse. Il cite le cas de la région Île-de-France, qui selon le découpage en écorégions serait fragmentée en plusieurs entités, ignorant l'unité fonctionnelle de la métropole parisienne. Il évoque également les difficultés à appliquer ce modèle aux territoires d'outre-mer, où les questions de migration et d'urbanisation sont particulièrement complexes.

Un débat nécessaire sur l'écologie politique

Cette critique intervient dans un contexte où le bioregionalisme gagne du terrain dans les milieux écologistes. Jean-Luc Mélenchon en a fait un axe central de son projet de société, proposant un redécoupage de la France en 13 écorégions basées sur des critères hydrologiques et biologiques. Pour ses partisans, cette approche permettrait de mieux adapter les politiques publiques aux réalités locales et de lutter contre le réchauffement climatique.

Cependant, Frédéric Giraut met en garde contre les dérives possibles. Il affirme que « le bioregionalisme, s'il n'est pas accompagné d'une réflexion approfondie sur les inégalités sociales et les droits humains, peut devenir un outil de discrimination ». Il appelle à un débat pluraliste et à ne pas sacraliser un modèle qui, selon lui, mérite d'être discuté et amendé.

Des réactions contrastées

Les propos de Giraut ont suscité des réactions contrastées. Certains écologistes, comme la députée européenne Karima Delli, ont salué une « contribution utile » tout en défendant la pertinence du bioregionalisme. D'autres, plus critiques, estiment que le géographe fait preuve de « pessimisme » et qu'il sous-estime la capacité du modèle à évoluer.

De son côté, La France insoumise n'a pas encore officiellement réagi. Mais plusieurs cadres du parti ont exprimé leur désaccord sur les réseaux sociaux, jugeant que la critique de Giraut était « trop académique » et qu'elle ne tenait pas compte des avancées concrètes du bioregionalisme dans d'autres pays, comme en Inde ou en Amérique latine.

Un enjeu pour l'avenir de l'écologie politique

Au-delà de la polémique, cette controverse révèle les tensions qui traversent l'écologie politique française. Alors que les élections présidentielles de 2027 approchent, la question de la territorialisation des politiques environnementales devient un enjeu clé. Le bioregionalisme, porté par Mélenchon, pourrait séduire une partie de l'électorat en quête de solutions concrètes face à l'urgence climatique.

Mais pour Frédéric Giraut, il est impératif de ne pas céder à la facilité. « L'écologie ne doit pas être un prétexte pour revenir à un imaginaire ruraliste et excluant », conclut-il. « Elle doit au contraire embrasser la complexité du monde contemporain, avec ses villes, ses migrations et ses métissages. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale