Algues vertes : la volonté politique manque pour changer le modèle agricole
Algues vertes : la volonté politique manque

Les marées d'algues vertes qui envahissent chaque été les côtes bretonnes ne sont pas une fatalité, mais le résultat d'un modèle agricole productiviste que les pouvoirs publics peinent à remettre en cause, malgré des décennies de recherches et de préconisations.

Un constat partagé par les experts

Selon un rapport du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) remis en juillet 2026, les connaissances scientifiques sur les causes et les solutions aux proliférations d'algues vertes sont désormais suffisantes. « Ce qui manque, ce n'est plus la connaissance, mais la volonté politique de remettre en cause un modèle agricole productiviste », affirme le document.

Les algues vertes, principalement des ulves, se développent en raison des excès de nitrates issus des engrais agricoles, notamment dans les élevages intensifs porcins et avicoles. Le rapport souligne que les plans de lutte successifs, comme le plan de lutte contre les algues vertes (PLAV) lancé en 2010, ont montré des résultats insuffisants.

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Des objectifs non atteints

Le CGAAER estime que les objectifs de réduction des flux de nitrates de 30 % d'ici 2027, fixés par le gouvernement, ne seront pas atteints sans une transformation profonde des pratiques agricoles. « Les mesures actuelles, basées sur le volontariat et les incitations financières, n'ont pas permis d'inverser la tendance », indique le rapport.

En 2025, les échouages d'algues vertes ont concerné 75 % des plages bretonnes, un chiffre stable depuis cinq ans. Les coûts de ramassage et de traitement s'élèvent à environ 10 millions d'euros par an, sans compter l'impact sur le tourisme et la santé publique.

Un modèle agricole à repenser

Pour les auteurs du rapport, la solution passe par une réorientation des politiques agricoles vers des systèmes moins intensifs, avec une réduction du cheptel et une meilleure gestion des effluents. « Il faut sortir d'une logique de production à tout prix et intégrer les coûts environnementaux dans le prix des produits », insiste l'un des rapporteurs.

Les agriculteurs, de leur côté, dénoncent un manque de soutien et des injonctions contradictoires. « On nous demande de produire plus pour assurer la souveraineté alimentaire, mais aussi de réduire notre impact environnemental. C'est intenable », témoigne un éleveur du Finistère.

Des pistes d'action concrètes

Le rapport préconise plusieurs mesures : le renforcement des zones de captage d'eau potable, l'obligation de couverts végétaux permanents, et la modulation des aides de la Politique agricole commune (PAC) en fonction des performances environnementales. Il appelle également à une meilleure coordination entre les acteurs locaux et nationaux.

« La Bretagne ne peut pas continuer à subir ces marées vertes année après année. Il y a urgence à agir », conclut le rapport. Reste à savoir si le gouvernement, dans un contexte de tensions sur le pouvoir d'achat et de guerre en Ukraine, aura le courage de s'attaquer à ce dossier sensible.

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