Depuis des temps immémoriaux, la source du Jaur joue un rôle de château d'eau géant, indispensable à la vie des populations locales. Son débit moyen est de 4 mètres cubes par seconde, mais il peut être multiplié par cinq après des épisodes pluvieux significatifs. Cette stabilité repose sur un réseau de vastes lacs souterrains qui constitue une réserve normalement suffisante pour faire face aux situations les plus critiques.
Une résurgence vauclusienne unique
Contrairement à une source classique, la source du Jaur est une résurgence de type vauclusien. Elle est alimentée par les pertes du Thoré, provenant du département voisin du Tarn. Cette caractéristique géologique a été démontrée il y a plus de 80 ans par l'hydrologue Bernard Gèze, puis confirmée par les spéléologues locaux grâce à l'utilisation de colorants.
Si cette configuration semble confortable, elle n'en est pas moins fragile. En témoigne un incident survenu à l'été 2013. L'eau, habituellement limpide, s'est soudainement chargée de boue, la rendant impropre à la consommation pendant plusieurs jours. Des packs d'eau ont alors été distribués avant le retour à la normale. Les experts ont conclu à un effondrement majeur dans le réseau de cavités jusqu'alors inexploré.
Les limites de l'exploration souterraine
Les spéléologues et le plongeur Franck Vasseur, un habitué des lieux, n'ont jamais réussi à franchir un siphon situé à environ 150 mètres de l'entrée de la grotte. Ce siphon est en réalité un éboulis de gros blocs infranchissable. « C'est une barrière naturelle qui nous empêche de connaître l'étendue exacte du réseau », explique Franck Vasseur.
Au-delà des risques naturels, une pollution accidentelle reste une menace constante. Un camion transportant des hydrocarbures ou des produits toxiques pourrait déverser son chargement sur la route départementale D612, située en amont. Un précédent existe : au début des années 1980, un déversement accidentel d'acide avait déjà contaminé la source.
Des solutions alternatives et des mesures de crise
Des forages ont identifié une autre nappe d'eau souterraine correspondant au réseau, qui pourrait prendre le relais en cas de problème. Cependant, la prudence impose de respecter les gestes d'économie d'eau. Actuellement, la préfecture a classé l'ensemble du bassin, de la source à la confluence avec l'Orb, en situation de crise. Les habitants sont invités à limiter leur consommation pour préserver cette ressource vitale.



