Une canalisation de gaz mise à nu par la rupture d'une digue à Sénestis
À Sénestis, un événement exceptionnel a mis en lumière la vulnérabilité des infrastructures face aux forces naturelles. La rupture d'une digue a brutalement exposé une canalisation de gaz du distributeur Téréga sur une longueur impressionnante d'environ cent mètres. Cet incident, qualifié de « très très exceptionnel » par Michel Boche, directeur des opérations de l'entreprise basée à Pau, rappelle les crues dévastatrices du Gave de Pau survenues en 2013 dans la vallée d'Argelès-Gazost, dans les Hautes-Pyrénées.
Une découverte spectaculaire le 25 février
Le 25 février dernier, les équipes ont découvert une situation pour le moins inquiétante : une conduite de gaz de 150 mm de diamètre flottait au-dessus de deux mètres d'eau, au cœur d'un cratère de huit mètres de profondeur creusé par la puissance déchaînée des flots de la Garonne. Pourtant, ce tuyau reliant Fauguerolles à Anzex était initialement enterré à près de 1,3 mètre sous le sol, dépassant ainsi les exigences réglementaires en vigueur. Cette profondeur n'a pas suffi à le protéger de la furie des éléments.
Un chantier titanesque engagé sans interruption de service
Immédiatement après la découverte, Téréga a lancé un chantier d'envergure pour garantir à la fois la sécurité industrielle et la continuité de l'approvisionnement en gaz. De manière remarquable, ces travaux colossaux ont été entrepris sans provoquer la moindre rupture de service. La canalisation, bien qu'isolée du réseau principal, est restée sous pression pour continuer à alimenter un poste GRDF situé au Mas-d'Agenais.
Pour mener à bien ces opérations délicates, une plateforme spéciale accueillant une grue ainsi qu'un chemin d'accès privé ont dû être aménagés sur le terrain, propriété d'une agricultrice. La zone, jonchée de débris de serres et de déchets plastiques charriés par le fleuve, a d'abord nécessité un nettoyage considérable.
Collaboration et sécurisation de la conduite
Le succès de cette phase préparatoire est le fruit d'une « collaboration remarquable » entre les équipes de Téréga et les services de l'État, qui ont mobilisé la Sécurité civile et les pompiers. Malgré l'ampleur de la crue et la violence des courants, la conduite a miraculeusement resté intègre. Ses propriétés de flottabilité et son élasticité lui ont permis de résister à des contraintes mécaniques extrêmes.
Après la création ex nihilo d'une route et d'un chemin, le grand bassin formé par la brèche a finalement été vidangé, une opération périlleuse achevée le jeudi 12 mars. « On a décidé de maintenir un niveau d'eau en attendant de pouvoir bien sécuriser et stabiliser toute la canalisation », a précisé Michel Boche. Des empierrements ont été installés sous la conduite pour la caler solidement, et une grue a été déployée pour apporter un point de sécurité supplémentaire, demeurant sur site pour encore quelques jours.
La réhabilitation du site : un défi de 40 000 m³ de terre
Si Téréga poursuit actuellement le calage du tuyau, la suite des opérations de réhabilitation incombera à Val de Garonne Agglomération. Pas moins de 40 000 mètres cubes de terre seront nécessaires pour remettre en état le terrain dévasté. Le distributeur de gaz naturel interviendra de nouveau lorsque les travaux s'approcheront de son ouvrage.
Bien que la qualité du terrain soit jugée « plutôt bonne », de nouvelles études géotechniques doivent être réalisées. Avant la remise en terre définitive, la canalisation fera l'objet d'une inspection minutieuse. Pour Téréga, qui a mobilisé plus d'une quinzaine d'employés depuis son siège palois et sur le terrain, le coût de ces opérations est estimé à quelques centaines de milliers d'euros.
« Ce n'est pas notre principale préoccupation », a insisté Michel Boche, soulignant que « notre priorité absolue, c'est la sécurité industrielle et l'approvisionnement ». En revanche, la facture s'annonce particulièrement lourde pour l'intercommunalité, qui doit déjà faire face à huit autres ruptures sur son système d'endiguement, ajoutant une pression financière et logistique considérable à cette crise environnementale et infrastructurelle.



