Les Landes bénéficient d'une recharge hivernale des nappes phréatiques
Les derniers mois particulièrement pluvieux ont permis de remplir de manière significative les nappes d'eau souterraines du département des Landes. Un constat qui apporte un certain réconfort à l'approche de la période estivale, même si les spécialistes se gardent de tout triomphalisme.
Une recharge inégale selon la profondeur des nappes
Les nappes d'eau souterraines superficielles, celles situées le plus près de la surface, affichent une santé particulièrement bonne. Les précipitations importantes des mois de janvier et février leur ont permis de réaliser un véritable « plein » hydrique. David Flandin, hydrogéologue au Conseil départemental des Landes, explique : « En octobre dernier, nous observions des niveaux assez bas dans les nappes du département. La recharge de cet hiver a permis de rehausser le niveau d'environ deux mètres, alors qu'il se situe habituellement entre un mètre et 1,5 mètre en temps normal. »
Si les nappes proches de la surface se sont remplies rapidement et de façon homogène sur tout le territoire, la situation est différente pour les nappes dites « profondes », qui peuvent descendre jusqu'à 600 mètres sous terre. « Elles commencent seulement à ressentir les effets des derniers mois humides », précise l'hydrogéologue. « Leur remontée est légèrement supérieure à celle d'une année normale, mais le processus est bien plus différé dans le temps. »
Excès d'eau localisés et défis persistants
Dans certaines zones, notamment en Haute Lande, l'abondance des précipitations a même créé des situations de saturation. Paul Carrère, président de l'EPTB a3 et vice-président du Département des Landes en charge de l'environnement, témoigne : « Un mois après les dernières intempéries, l'eau stagne encore à l'extérieur avec la présence de flaques persistantes. Nous nous retrouvons avec des zones inondées pendant des périodes anormalement longues. »
Cette recharge hivernale signifie-t-elle pour autant un été à l'abri des pénuries d'eau ? La réponse des experts est nuancée. Certes, cette situation permettra d'aborder la saison estivale avec un peu plus de sérénité, mais ces niveaux ne constitueront pas une garantie absolue si des vagues de chaleur intense venaient à s'installer dans les prochains mois.
« Des nappes pleines peuvent mieux soutenir les débits des cours d'eau pendant l'été grâce aux résurgences », reconnaît David Flandin. « Cependant, en cas de période prolongée de sécheresse ou de canicule, cela n'empêchera pas les débits des rivières de chuter drastiquement ni les températures de monter. Ce qui pourrait entraîner des dégâts importants sur la faune aquatique et créer des difficultés majeures pour l'irrigation agricole. »
L'ombre portée du dérèglement climatique
Ces phénomènes extrêmes deviennent de plus en plus fréquents, une tendance directement liée au dérèglement climatique. Paul Carrère s'inquiète : « La période estivale, qui se limitait traditionnellement aux mois de juillet et août, s'étend désormais fréquemment jusqu'en septembre, voire octobre. » Ces extensions de la saison chaude créent rapidement des situations de stress hydrique sur le territoire.
« Il devient donc crucial de développer notre capacité à capter et stocker une partie de l'eau lorsqu'elle tombe en abondance », estime l'élu. Les deux experts s'accordent à constater que les précipitations sont globalement abondantes ces dernières années, mais selon un schéma de plus en plus erratique.
« Il n'y a pas de tendance linéaire, et le rechargement des nappes reste très variable d'une année sur l'autre », analyse David Flandin. « Certaines années comme 2026 sont exceptionnellement humides, tandis que d'autres sont très sèches, mais cette variabilité n'est pas un phénomène nouveau en soi. »
Ce qui change fondamentalement, c'est l'influence du dérèglement climatique sur la distribution temporelle de ces pluies. Paul Carrère, qui est également maire de Morcenx-la-Nouvelle, précise : « Nous recevons globalement les mêmes volumes d'eau, mais ceux-ci tombent de façon beaucoup plus désordonnée et parfois beaucoup plus violente. Cette intensification provoque de l'érosion des sols et augmente les risques d'inondations soudaines. »
Le sol landais apparaît donc mieux préparé qu'à l'habitude pour affronter les sécheresses estivales. Mais cette recharge hivernale suffira-t-elle à garantir la sécurité hydrique du territoire face à un climat de plus en plus imprévisible ? La prudence reste de mise, et rien n'est moins sûr selon les spécialistes consultés.



