En Italie, une bataille fait rage sur le littoral. Des maires de plusieurs communes côtières ont décidé de s'opposer aux concessions privées qui occupent une grande partie des plages, et de les rendre au public. Ce mouvement, qui prend de l'ampleur, repose sur une interprétation stricte de la loi et sur une volonté de garantir l'accès libre aux rivages.
Une mobilisation des élus locaux
Le maire de la commune de Castiglione della Pescaia, en Toscane, a récemment refusé de renouveler une concession à un établissement balnéaire privé, invoquant la loi de 2006 qui prévoit que les plages doivent rester publiques. Cette décision a été saluée par d'autres élus, notamment ceux de Lecce, dans les Pouilles, et de Finale Ligure, en Ligurie. Selon eux, les concessions accordées depuis des décennies sont souvent illégales ou abusives, et elles privent les citoyens de leur droit d'accès à la mer.
Le mouvement s'appuie sur un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne de 2016, qui a jugé que les concessions de plage doivent être attribuées par appel d'offres et non par simple renouvellement automatique. Les maires estiment que les autorités nationales n'ont pas appliqué cette décision, et ils entendent bien la faire respecter localement.
Des conséquences économiques et juridiques
Cette offensive judiciaire a des implications économiques majeures. En Italie, les concessions de plage représentent un marché de plusieurs milliards d'euros par an. Les propriétaires d'établissements balnéaires, qui ont souvent investi massivement dans des infrastructures, craignent de perdre leur gagne-pain. Ils dénoncent une décision précipitée et demandent des compensations. Selon une estimation, environ 30 000 concessions sont concernées sur l'ensemble du littoral italien.
Les maires, eux, insistent sur le caractère légitime de leur démarche. « Les plages sont un bien commun, et nous devons les protéger », a déclaré le maire de Castiglione della Pescaia, Giancarlo Farnetani, cité par le journal La Repubblica. « Nous ne sommes pas contre les activités économiques, mais elles doivent se faire dans le respect de la loi et de l'intérêt général. »
Un bras de fer avec le gouvernement
Le gouvernement italien, dirigé par Giorgia Meloni, a tenté de calmer le jeu en proposant une loi qui prolongerait les concessions jusqu'en 2033, mais cette mesure a été jugée contraire au droit européen par la Cour de justice. Les maires comptent bien utiliser cette jurisprudence pour faire plier l'exécutif. Plusieurs recours ont été déposés devant les tribunaux administratifs régionaux, et certains ont déjà abouti à des décisions favorables aux municipalités.
Cette bataille pourrait avoir un effet domino dans tout le pays. D'autres communes, notamment en Sardaigne et en Sicile, ont annoncé qu'elles allaient suivre l'exemple. Les associations de défense de l'environnement et des consommateurs soutiennent également ce mouvement, y voyant une victoire pour l'accès public au littoral.
En attendant, les estivants italiens et étrangers pourraient voir, dès cet été, une partie des plages privées rouvrir au public. Les maires promettent de poursuivre leur action, en dépit des pressions économiques et politiques. Une chose est sûre : la question des plages italiennes est loin d'être réglée.



