Estelle Grelier : L'eau, produit le plus contrôlé en France, face à un modèle économique fragile
Eau en France : modèle économique fragile malgré des contrôles stricts

L'eau, un produit alimentaire sous haute surveillance en France

Estelle Grelier, ancienne secrétaire d'État et présidente de Saur France ainsi que de la Fédération des entreprises de l'eau (FP2E), a récemment effectué un déplacement à Nîmes. Elle y a rappelé un fait essentiel : l'eau demeure le produit alimentaire le plus contrôlé en France, avec pas moins de 18 millions de contrôles effectués chaque année par l'ensemble des opérateurs. Cette rigueur sanitaire contraste cependant avec les défis économiques croissants auxquels fait face le secteur.

Un modèle économique sous tension

Lors de sa visite, Estelle Grelier a souligné les paradoxes du financement des services d'eau potable et d'assainissement. "On ne peut pas continuer à dire aux gens de consommer moins d'eau, tout en ayant moins de revenus pour financer les investissements nécessaires au service", a-t-elle déclaré. En effet, 90% des contrats reposent sur les mètres cubes consommés, or la sobriété croissante des ménages, bienvenue pour la planète, réduit les recettes. De plus, le tarif de l'eau, incluant l'assainissement, se situe dans la moyenne basse européenne, représentant moins de 1% du budget des foyers.

La période d'inflation a exacerbé ces difficultés. Les mécanismes d'indexation des prix, censés couvrir les charges des opérateurs, se sont révélés inefficaces, fragilisant davantage les modèles économiques. Il est urgent de repenser le financement, estime la présidente, en déconnectant la facturation de la consommation volumétrique et en envisageant des parts abonnements plus élevées, à l'instar de la gestion des déchets ménagers.

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Des défis locaux et réglementaires

À Nîmes, où Saur emploie plus de 200 personnes malgré la perte des contrats municipaux en 2019, les enjeux sont multiples. Le département du Gard doit composer avec des épisodes de sécheresse, des pluies intenses et des inégalités d'accès à l'eau. Estelle Grelier plaide pour une gouvernance plus inclusive, notant que 80% du financement repose sur l'usager domestique, alors que les industriels et agriculteurs utilisent également la ressource. Elle appelle à une meilleure répartition des coûts, notamment pour le traitement des pollutions comme les PFAS, où les producteurs devraient contribuer davantage.

Par ailleurs, la France accuse un retard significatif en matière de réutilisation des eaux usées, avec seulement 1% contre 15% en Espagne. Des freins administratifs persistent, comme le démontre le délai de trois ans requis pour autoriser l'utilisation d'eaux recyclées dans le nettoyage des trottoirs. La transposition de la Directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines (DERU), visant la neutralité carbone des stations d'épuration, ajoute une pression réglementaire supplémentaire.

Vers des solutions adaptées

Face à ces défis, Estelle Grelier insiste sur la nécessité de réponses locales, adaptées aux investissements spécifiques, tels que le renouvellement des réseaux. Elle met en avant l'importance du dialogue avec les territoires, soulignant que Saur, avec 1,5 milliard d'euros de revenus et près de 2 000 délégations de services publics en France, reste un acteur majeur. La viabilité future du secteur passe par une refonte du modèle économique, combinée à une gestion plus équitable et innovante de la ressource en eau.

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