Une innovation technologique au service du patrimoine hydraulique
Derrière un simple verre d'eau tiré du robinet dans la métropole de Bordeaux, se cache un réseau méconnu mais essentiel : 49 réservoirs dispersés sur le territoire, stockant des dizaines de milliers de mètres cubes d'eau potable. Ces infrastructures, classées d'importance vitale, prennent des formes variées : châteaux d'eau emblématiques, parallélépipèdes construits au sol ou structures surélevées sur des poteaux. Pour la Régie de l'Eau de Bordeaux Métropole, leur préservation est un enjeu majeur, tant pour des raisons sanitaires que patrimoniales, nombre de ces constructions étant centenaires.
Les limites des inspections traditionnelles
Chaque année, les réservoirs sont vidés et lavés, avec une inspection du génie civil pour évaluer d'éventuelles réparations. Cependant, ces opérations de maintenance, limitées à dix jours maximum, rendent difficile l'installation d'échafaudages pour examiner de près ces masses de béton armé, dont certaines culminent à 50 mètres. L'accès humain à ces zones est souvent périlleux et inefficace, nécessitant une approche innovante.
Le recours aux drones et à l'intelligence artificielle
Dans le cadre d'un marché innovant, la Régie a sollicité l'usage de drones pour améliorer ses constatations. Cette expérimentation, lancée à l'automne dernier, est menée avec Lynxdrone, un spécialiste français de l'inspection robotisée de milieux confinés, implanté à Canéjan. Grâce à cette technologie, le pilote peut suivre en direct l'évolution de l'inspection depuis son écran, dans des environnements difficilement accessibles.
Mélanie Valaize, cheffe de projet à la direction recherche et innovations de la Régie, souligne que le recours aux drones, associé à l'IA, permet une visualisation fine des faces externes et internes des constructions, atteignant des recoins inaccessibles à l'homme. Le processus inclut :
- Un film en 4K réalisé par le drone.
- Des relevés géolocalisés précis.
- La traduction de ces données en maquette virtuelle.
Jad Rouhana, dirigeant et fondateur de Lynxdrone, explique : En reliant les deux mondes, externes et internes, on obtient un diagnostic précis et un état de la criticité des défauts. Cette approche ne vise pas à remplacer l'expertise humaine des ingénieurs, mais à améliorer la connaissance des réservoirs et à suivre leur évolution dans le temps, facilitant ainsi la planification des travaux.
Bénéfices et perspectives d'avenir
Pour Lynxdrone, cette collaboration est l'occasion de développer des protocoles d'intervention au-delà du simple recueil de données. Jad Rouhana témoigne de l'objectif de multiplier les terrains de jeu pour parfaire nos techniques, visant à gagner en efficacité, rapidité et à diminuer les coûts d'intervention. À terme, l'architecture de chaque édifice, une fois mémorisée par le drone, permettra une automatisation de son pilotage.
Alors que le dernier des trois réservoirs retenus pour l'expérimentation sera inspecté au printemps, Mélanie Valaize évoque déjà le succès de l'opération, dotée d'une enveloppe de 40 000 euros. La question d'un déploiement sur l'ensemble des 49 cuves de stockage dépendra d'une procédure de marché, qui, en raison des élections municipales et de leurs répercussions sur le conseil d'administration, ne pourra être lancée qu'en 2027.
Cette initiative illustre comment les nouvelles technologies peuvent servir à la fois la préservation du patrimoine et l'optimisation des investissements, avec des répercussions positives sur la facture des consommateurs. En modélisant l'état des infrastructures, la Régie de Bordeaux anticipe les besoins de maintenance, assurant ainsi une distribution d'eau potable sûre et durable pour les années à venir.



