À Séville, la chaleur extrême est devenue une réalité quotidienne, mais la ville peine à élaborer une stratégie cohérente pour y faire face. Alors que les températures dépassent régulièrement les 40°C en été, les autorités locales ont mis en place des mesures ponctuelles, sans pour autant parvenir à une vision d'ensemble. Selon un rapport de l'Agence européenne pour l'environnement, Séville est l'une des villes les plus vulnérables d'Europe face au réchauffement climatique, avec une augmentation des températures de 1,5°C depuis 1980.
Des mesures isolées mais pas de vision globale
La municipalité a installé des fontaines d'eau potable dans plusieurs quartiers et a créé des espaces ombragés temporaires. Cependant, ces initiatives restent insuffisantes, selon les experts. "Il y a des mesures, mais pas de stratégie", déplore Juan Carlos Rodríguez, climatologue à l'Université de Séville, dans une interview au quotidien El País. "On réagit à chaque canicule sans plan à long terme." En 2023, la ville a enregistré 12 jours de canicule, un record historique.
La nomenclature des vagues de chaleur en test
Depuis 2022, Séville expérimente un système de nomenclature des vagues de chaleur, similaire à celui utilisé pour les ouragans. Les vagues de chaleur les plus sévères sont nommées (par exemple, "Zoé" en 2023) pour sensibiliser la population. Ce système, unique en Europe, a été salué par l'Organisation météorologique mondiale. Pourtant, son efficacité reste limitée. "Nommer une vague de chaleur ne suffit pas à réduire les risques", souligne María López, responsable de l'adaptation climatique à la mairie de Séville.
Un urbanisme inadapté
L'urbanisme sévillan, avec ses rues étroites et ses bâtiments blancs, a longtemps été adapté à la chaleur. Mais le changement climatique accentue les défis. Les îlots de chaleur urbains, où les températures peuvent être 5°C plus élevées qu'à la campagne, s'étendent. Le plan d'urbanisme actuel prévoit la plantation de 10 000 arbres d'ici 2027, mais seulement 2 000 ont été plantés à ce jour. "Nous avançons trop lentement", critique Antonio García, architecte spécialisé en bioclimatique.
Des conséquences sanitaires graves
Les vagues de chaleur ont des conséquences directes sur la santé. En 2022, Séville a enregistré 123 décès liés à la chaleur, selon l'Institut de santé publique d'Andalousie. Les personnes âgées et les sans-abri sont les plus vulnérables. La ville a ouvert des refuges climatisés, mais leur capacité est insuffisante. "Nous avons besoin d'une stratégie intégrée qui inclut le logement, les transports et les espaces publics", insiste le docteur Elena Ruiz, urgentiste à l'hôpital Virgen del Rocío.
Vers un changement de logiciel nécessaire
Pour les experts, Séville doit changer de "logiciel" et passer d'une approche réactive à une approche proactive. Cela implique de repenser l'urbanisme, d'investir dans les énergies renouvelables et de développer des systèmes d'alerte précoce. "Nous avons les connaissances, mais pas la volonté politique", estime Carlos Moreno, chercheur en urbanisme durable. La ville a alloué 50 millions d'euros à l'adaptation climatique dans son budget 2024, mais cela reste insuffisant au regard des besoins estimés à 200 millions d'euros.



